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 RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.

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CE QU'IL FAUT SAVOIR
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Arrivé(e) le : 03/06/2015
Parchemins rédigés : 5831
Points : 26
Crédit : (c)
Année : 7ème année - 20ans

PETIT +
Et plus en détails ?
Statut Sanguin: Sang-Mêlé
Disponible pour un RP ?: Si t'es pas pressé, c'est d'accord !
D'autres comptes ?: Jaswinder Swindlehurst

MessageSujet: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 12:00


Rioghbhardan, moi quoi, est un sang-mêlé, né le 16 septembre 2004 à Ballycastle en Irlande du Nord. D'ailleurs je n'y vis plus puisque j'ai déménagé à Lucan en République d'Irlande. Aujourd'hui, j'ai donc 17 ans et suis en 6ème année puisque j'ai redoublé ma quatrième.

Il est bon de savoir que je suis protecteur, bon comédien, à l'aise, débrouillard, attentif, attentionné, soigné, persévérant et patient mais également immature, prétentieux, charmeur, blessant, opportuniste, vénal, superficiel, beau parleur et de mauvaise foi. J'aime Ballycastle, le Quidditch, l'argent, faire la fête, plaire, les jolies filles, être loin des miens, parler de mon père, être le centre du monde, le jus de tomate, la photographie, être un sorcier ou encore le regard de ma mère alors que je ne supporte pas Lucan, avoir redoublé, mon beau-père, ma demi-fratrie, qu'on pense le contraire, être ignoré, faire mes devoirs, l'uniforme, les endives, mes prénoms, partager mon dortoir, les films romantiques et les araignées.

Ma baguette est composée de bois de lierre avec un cheveu de Vélane et mesure 21,3 centimètres. Capricieuse, difficile à manier mais très efficace dans les sortilèges de protection. Grâce à elle, j'ai le malheur de suivre les cours de Botanique, Étude des Moldus, Histoire de la Magie, Métamorphose et de Vol.


Rioghbhardan O'Callaghan
feat. Dylan O'brien

ET EN VRAI ?
J'ai 23 ans, mais peut-être que tu le sais déjà parce que je suis Noel T. Shiver et Fursy G. Overton. Je suis arrivée sur NYL je ne sais plus comment et je devrais être là en moyenne sept jours par semaine. Avant de finir j'aimerais juste rajouter que vous n'allez pas vous débarrasser de moi facilement.


Tout le monde a une histoire

février 2008 – Ma chambre était plongée dans l'obscurité, il n'y avait que la petite veilleuse en forme de nounours pour me rassurer. La petite veilleuse et la présence de mon père, assis sur le bord de mon lit. C'était l'heure de dormir mais je n'avais pas sommeil. Je n'avais jamais sommeil quand c'était lui qui venait me border de toute façon. Sa main glissa entre mes mèches sombres avant de remonter la couverture sur moi, cachant les petites étoiles fluorescentes de mon pyjama. « La suite, s'il te plaît ! Dis oui, dis oui, dis oui ! » Je crus voir un sourire étiré les lèvres paternelles alors qu'il soupirait avec une exagération toute particulièrement. Nous venions d'arriver au moment où le jeune Harry entrait à l'école de magie et c'était une véritable torture d'attendre le lendemain soir pour en savoir plus sur « le château » comme il l'avait si bien décrite. Depuis le début de la semaine, il s'était mis en tête de m'inventer l'histoire d'un jeune sorcier pour m'endormir le soir, et il fallait bien reconnaître que c'était un échec tant j'avais envie d'en apprendre davantage. Je faisais traîner ce petit rituel tant que je pouvais, réclamant encore et toujours une suite que je n'obtenais malheureusement pas à tous les coups. « Demain, Trésor. C'est l'heure de dormir. » J'essayai de bouder mais sans succès. Mon père se leva, vérifia que ma couverture était correctement mise et déposa un baiser sur mon front alors que je l'entourais de mes petits bras. « Fais de beaux rêves. » Je hochai la tête et regardai l'ombre qui lui appartenait fuir vers la porte entrebâillée. Il n'eut pas le temps de disparaître que je repris l'air de rien. « Papa ? Elle existe pour de vrai de vrai l'école ? » Il eut un petit rire attendri, avec le recul j'imagine qu'il était gêné également, et je le vis hocher discrètement la tête à son tour. « Evidemment qu'elle existe. » Il me sourit de plus belle et tira la porte derrière lui. Quelques chuchotements s'élevèrent de derrière la planche de bois puis un petit bruit sourd, comme une petite tape amusée. « Arrête un peu avec tes histoires, il va finir par y croire. » Mon père se défendit mais je n'entendis pas comment, Morphée venait de me rejoindre et m'emmenait avec lui...

novembre 2010 – J'étais assis sur la petite table de la cuisine, regardant ma mère préparer le dîner avec de grands yeux émerveillés. J'avais toujours aimé observer ma mère, elle était belle, elle avait l'air heureuse, elle souriait toujours d'un air absent qui me faisait sourire également. Elle posa le plat de pâtes à côté de moi et retourna à ses fourneaux le temps de préparer la sauce pour les accompagner. J'attendis quelques secondes et plantai sauvagement la fourchette abandonnée à proximité dans les pauvres macaronis avant d'enfourner le tout dans ma bouche le plus vite possible pour ne pas me faire prendre en flagrant délit. Trop tard. Ma mère se tourna vers moi, l’œil inquisiteur pointant vers moi sa cuillère pleine de tomate comme la plus dangereuse des armes. « Non mais eh ! On attend ton père, j'ai dit ! » Elle rit de bon cœur, en m'attaquant avec le torchon, tandis que j'avalais ma bouchée trop grosse aussi rapidement que possible. Mon air innocent ne devait pas être très efficace parce qu'elle me fit comprendre d'un geste amusé qu'elle me surveillait mais n'eut pas le temps de mettre ses menaces à exécution que le téléphone sonnait dans le salon. Elle tourna rapidement le bouton, arrêtant le gaz sous la casserole et me rappela de ne pas y toucher avant d'aller répondre. « Allô...? » Ce fut tout ce que je pris la peine d'écouter, préférant de loin me réintéresser aux pâtes et à mon estomac qui commençait à crier famine. Un gémissement étouffé et le combiné du téléphone tomba au sol. Je ne compris pas mais mon cœur s'était accéléré malgré tout. J'avais peur, en réalité. Je suis descendu de mon siège improvisé, quittant la cuisine en quelques pas pressés. Ma mère était recroquevillée au pied du mur, les larmes dévalant ses joues sans un bruit. La première chose que j'eus le réflexe de faire fut de ramasser le téléphone. « Maman, pourquoi tu pleures ? » Elle m'a attrapé par la main en m'attirant contre elle, se fichant pas mal de manquer de me faire tomber au passage. Elle me serra de toutes ses forces et je sentis ses larmes mouillées mon pull. Nous sommes restés là un long moment sans qu'elle n'ait trouvé la force de m'expliquer ce qu'il se passait. Au bout d'une bonne heure au moins, elle a appelé ses parents qui sont venus nous chercher et ont pris le temps de mettre des mots d'enfant sur ce qu'ils venaient d'apprendre. Mon père m'avait abandonné. Il nous avait tous abandonnés. Un accident l'avait emporté et il ne nous reviendrait jamais...

mars 2012 – Le soleil parvenait à percer au travers des nuages gris de ce début de printemps. Un bruit de fond constant emplissait le restaurant et commençait à me donner un peu mal à la tête. Cela faisait plus d'une demi-heure qu'on attendait, ma mère et moi, assis près de la fenêtre à regarder les gens continuer leur vie dehors. Elle pianotait sur son téléphone toutes les deux secondes, un sourire d'adolescente étirant ses lèvres laquées de rouge. Ça faisait longtemps que je ne l'avais pas vue comme ça. Depuis que Papa était parti, en vérité, et je n'étais pas certain d'apprécier l'idée. « Il sera là dans deux minutes ! » me dit-elle en relevant les yeux vers moi, visiblement au comble de l'excitation. Elle se redressa, attrapa le col de ma chemise qu'elle lissa correctement, me recoiffa légèrement et s'assit à nouveau. Son regard enfantin se posait partout autour de nous, comme si elle s'attendait à chaque seconde à « le » voir sortir de nulle part. Moi, je n'étais pas aussi pressé qu'elle. Le portrait qu'elle m'avait fait de Patrick était flatteur, il faut bien le reconnaître, mais pas suffisamment pour effacer l'idée qu'elle voulait qu'il remplace mon père et que je ne le voulais pas. Finalement, il passa la porte dans un tintement à peine audible mais qui suffit à ma mère pour se lever d'un bond et l'accueillir à bras ouverts. Ses lèvres cerises se posèrent sur celles de l'inconnu et mon cœur loupa littéralement un battement. Je n'aimais pas ça, mais alors vraiment vraiment pas. Il finit par se tourner vers moi et me tendit la main avec sérieux, comme s'il me prenait pour son égal. « Toi, tu dois être Rioghbhardan. C'est ça ? » Je hochai la tête d'un air grave alors que je toisais cette main tendue puis mes prunelles sombres glissèrent jusqu'à ma mère qui me fit comprendre d'un regard qu'elle espérait que je ne fasse pas de vagues, alors je la serrai sans grand entrain. « Ta mère m'a beaucoup parlé de toi, tu sais ? » Encore heureux ! « Et de mon père, elle t'en a parlé aussi ? » Ma mère s'offusqua en prononçant mon nom d'un ton désapprobateur alors que Patrick me souriait doucement. « Oui. Elle m'en a parlé aussi. » Mes yeux d'enfant se plongèrent dans les siens un instant, les soutenant comme pour lui faire savoir que je ne le laisserai pas prendre sa place aussi facilement mais il finit par m'ébouriffer les cheveux et s'asseoir comme s'il était le bienvenu à notre table...

juin 2012 – J'avais dû boucler ma valise quelques heures plutôt et dire adieu à l'appartement que j'avais toujours occupé. Ma mère avait décrété quelques semaines plus tôt qu'il était temps pour nous de déménager. Il n'était pas seulement question de déménager, en réalité, mais de rejoindre Patrick à l'autre bout du pays ou presque. Je lui avais dit que je ne voulais pas y aller, que je voulais rester à la maison et continuer à voir Papy et Mamie tous les week-ends mais elle n'avait rien voulu entendre. « Arrête de penser qu'à toi. » qu'elle avait dit. Parce que c'était pas ce qu'elle faisait, elle, peut-être ? Ce fut comme ça qu'on se retrouva sur le palier d'un immeuble perdu au beau milieu d'une ville trop grande que j'avais décidé de ne pas aimer au moment-même où j'y avais posé le pied pour la première fois. Le doigt de ma mère se posa sur la sonnette et quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit tout grand sur ledit Patrick derrière lequel se cachaient une fille qui devait avoir à peu près mon âge et deux garçons plus petits. On m'avait arraché brutalement à mon univers pour me balancer dans celui d'autres gamins que je n'avais même jamais vu de ma vie. « Entrez, entrez ! On vous attendait ! » Il se poussa pour nous laisser entrer, ses mômes accrochés aux jambes et me fixant comme si j'étais une bête curieuse. Si vous voulez mon avis, ils ne donnaient pas franchement l'impression d'attendre autre chose que mon départ très prochain. Et je l'attendais au moins tout autant... La main de ma mère me fit comprendre qu'il était temps de passer la porte, ce que je fis à contre-coeur, m'arrêtant net deux pas plus loin, au beau milieu du petit couloir. « Ne sois pas timide, c'est chez toi maintenant. » Son sourire se voulait rassurant mais il se fana un peu en voyant mon regard assassin. « Non. » Ça avait le mérite d'être clair et il faut bien reconnaître que ça a jeté un froid dont je n'étais pas peu fier. Je sentis ma mère exercer une pression sur mon épaule, sûrement pour évacuer le stress que je lui apportais, puis je soupirai en avançant jusqu'au salon minuscule, tirant ma valise derrière moi sans un regard pour l'appartement. « Rioghbhardan ? » Je relevai machinalement la tête alors que je terminais de déboutonner ma veste en jean. « Je te présente Shawna... » La gamine se redressa bêtement alors que je la toisais sans un mot. Elle soutint mon regard sans ciller, comme pour me défier de mettre son monde en pièce. J'acceptai silencieusement le défi alors que ma mère reprenait. « ...Jackson... » Un môme plus jeune que la première me fit un petit signe enthousiaste de la main alors qu'il m'offrait un sourire radieusement édenté. « ...et Brady. » Le troisième était encore un bébé et s'agrippait aux jambes de son père. Je ne lui accordai pas plus d'une seconde d'attention. « Tu vas partager la chambre des garçons, tu vas voir, vous allez bien vous amuser ! » Son enthousiasme sonnait faux et je voyais bien qu'elle peinait à le garder face à mon air dédaigneux. « C'sera jamais chez moi, j'les aime pas et j'veux rentrer à la maison. » Le ton était donné et malgré tout, ils ont été adorables tous autant qu'ils étaient. J'ai entendu Patrick expliquer à ses mioches que c'était pas facile pour moi et qu'il fallait me laisser du temps. Ils pouvaient me laisser toute la vie s'ils voulaient, ça ne suffirait jamais...

juillet 2013 – L'été n'en finissait pas alors qu'il venait à peine de commencer. Rester toute la journée avec les enfants de Patrick et ma mère affreusement enceinte, c'était une torture sans nom. Ça faisait plus d'un an que j'étais coincé là, et malgré mes tentatives de fuite (j'avais appelé mes grands-parents pour qu'il vienne me chercher, ils avaient refusé, j'avais essayé de fuguer, on m'avait rattrapé au bout de la rue) j'y étais toujours. Je commençais à comprendre que ça ne serait pas si simple de mettre les voiles et que personne ne me filerait un coup de main. Pourtant, je mettais une mauvaise volonté incroyable pour tout, tout le temps. Mais ils avaient tous l'air de m'apprécier au moins un peu, ce que je ne comprenais pas. La porte s'ouvrit et les concerts de pas qui suivit me fit soupirer. Patrick avait embarqué son troupeau en balade et comme j'avais refusé d'y aller, ça m'avait permis de profiter d'un après-midi de tranquillité, seul avec ma mère. Laquelle j'entendis parler de débarbouillage en riant gaiement. Quelques coups contre la planche de bois qui me séparait bien mal du reste du monde se firent entendre sans que je daigne relever les yeux de mon dessin. « Dan ? T'es là ? » C'était Shawna, ce qui me fit soupirer de plus belle. « Non. Va embêter quelqu'un d'autre. » Elle n'obéit pas et entra comme si elle était chez elle, un bocal en verre entre les mains. Elle referma machinalement derrière elle et vint s'asseoir à côté de moi, un regard un peu supérieur posé sur mon dessin. Je retournai ma feuille et attendis qu'elle m'éclaire quant à sa présence indispensable ici. « Regarde, avec Papa, on a attrapé un papillon. » Elle me mit fièrement sous le nez son bocal ridicule, avec son papillon qui l'était tout autant. « Je m'en fiche. C'est un truc de filles, les papillons. » Il se mit à bouger dans le bocal, agitant frénétiquement les ailes sans voler pour autant. Nous étions comme hypnotisés. Puis, sans prévenir, il se mit à noircir, à se replier sur lui-même, à avoir de grandes pattes... A se transformer en une énorme araignée. Shawna hurla, lâchant violemment le bocal qui se fracassa sur le sol, alors que nous grimpions sur mon lit en nous poussant sur la petite échelle pour parvenir en haut le plus rapidement possible. « Tu... tu la vois ? » Prudemment, je me penchai par-dessus la barrière pour jeter un œil dans la pièce. Elle était là, gigantesque, montant contre le mur. Nous étions pris au piège. J'ai attrapé sa main et l'ai forcée à se mettre à l'autre bout du lit, loin du monstre, alors que nous hurlions de plus belle pour qu'on vienne nous sortir de là. La poignée de la porte se mit à bouger sans que celle-ci ne s'ouvre pour autant. « Rioghbhardan ! Qu'est-ce que tu fais à ta sœur ?! Ouvre cette porte tout de suite ! » Je ne me défendis pas, je ne le repris même pas sur le fait qu'elle n'était pas ma sœur, continuant seulement de lui demander de venir vite en pleurnichant à moitié. Un bruit sourd et la porte gisait sur le sol, à côté des bris de verre. L'araignée, elle, accéléra sa cadence, presque à notre hauteur. « Là ! Là ! » Les doigts de Shawna se resserrèrent sur le dos de mon tee-shirt. Elle devait sûrement essayer de se cacher pour ne pas voir. Patrick ne se démonta pas, attrapa une chaussure qui traînait dans la pièce et massacra littéralement l'horreur à huit pattes avant de jeter son cadavre par la fenêtre. Son regard se posa sur le bocal brisé puis sur nous, serrés l'un contre l'autre au bout du lit. « Qu'est-ce qu'il s'est passé, ici ? » demanda-t-il d'une voix sévère. Shawna resserra son emprise sur mon tee-shirt alors qu'elle reniflait bruyamment. « C'est... c'est le papillon ! » Il s'éloigna de mon lit, cherchant à mieux nous voir. « Quoi le papillon ? » Il n'avait pas l'air de comprendre. « L'araignée ! C'est le papillon ! » Il ne semblait pas nous croire. Shawna se traîna jusqu'au bord, passant la main entre les fines planches pour attraper celle de son père. « J'te promets Papa ! On l'a vu ! C'était un papillon et puis il est devenu ça ! C'est vrai ! J'te jure, c'est vrai ! » Ça n'était pas dur de voir dans son regard qu'il était loin d'être convaincu par notre histoire mais il ne rajouta rien et nous fit signe de descendre, juste au moment où ma mère débarquait, Brady encore plein de mousse dans les bras et Jackson sur les talons. « Tout va bien ?! » Elle nous regarda descendre de mon lit, attendant sûrement des explications que nous n'étions ni l'un ni l'autre en mesure de lui donner. « Oui, ça va. C'était... juste une araignée... » Il n'y croyait toujours pas, même en le disant, si bien que ma mère n'y crut pas davantage. Tant de cris, de larmes et une porte défoncée, c'était beaucoup pour une simple araignée...

décembre 2014 – Un grand sapin était dressé dans le petit salon, le rétrécissant davantage encore alors qu'il n'en avait pas besoin, coloriant les murs de ses lumières clignotantes. Noël flottait dans l'air chargé d'odeurs délicieuses. Mon troisième Noël à Lucan, déjà... Ma mère, qui était retombée enceinte presque aussitôt délivrée de Gally, mettait la table en chantonnant, aidée d'une Shawna tirée à quatre épingles. Je dois reconnaître que sa robe en velours bordeaux, semblable à celle bleu nuit que portait ma mère, lui allait affreusement bien. Je ne la trouvais pas souvent jolie, je l'aimais trop peu pour ça, mais ce soir-là, il était difficile de dire le contraire et même toute la mauvaise foi du monde ne suffisait pas. Le bruit des couverts étouffé par la nappe se mêlait à l'émission de télé que regardaient Jackson et Brady et moi, au milieu de tout ça, je ne suivais rien du tout. Ni les préparatifs du réveillon ni les aventures de Tom et Jerry. Une clé se glissa dans la serrure et la porte d'entrée s'ouvrit dans un grincement significatif. Je me redressai machinalement pour voir Patrick, couvert de neige, détacher son manteau sombre. Son regard croisa le mien et je m'avachis à nouveau dans le fauteuil que j'occupais. Il entra dans le salon avec enthousiasme et ouvrit grand les bras. « Ça me fait tellement plaisir de retrouver mes enfants après cette loooongue journée ! » s'exclama-t-il joyeusement alors que ses trois gamins se jetaient littéralement sur lui. Ma mère rit aux éclats, achevant d'installer les verres sur la table, puis remarqua que je n'avais pas bougé, les yeux toujours rivés sur la bande-dessinée que je lisais avant qu'il ne fasse son entrée ridicule. « Dan ? » Je ne tournai même pas la tête vers elle, me contentant de changer de page avec une lenteur affolante. « Pas concerné. » Le verre qu'elle tenait fut posé un peu plus brutalement que les précédents. « Qu'est-ce que tu racontes encore ? » Elle jouait les innocentes, elle savait très bien où je voulais en venir. Ça n'était pas la première fois et ça n'était pas non plus la dernière. « Pas son fils. » Finalement, Patrick lâcha ses mômes et vint à ma hauteur, me forçant à refermer mon livre. « Eh ! Mais j'ai pas fini ! » Il feignit de ne pas m'entendre et je soupirai bruyamment. « Mais t'es comme mon fils, Rioghbhardan, je te compte toujours quand je parle de mes enfants. » Mon regard noisette se planta dans le sien alors qu'un sourire désabusé étirait mes lèvres. « Mais, toi, t'es pas comme mon père et tu le seras jamais. Je veux pas être ton fils, tu comprends, ça ? » Je vis l'envie de me gifler se peindre réellement sur ses traits et mon sourire s'agrandit davantage, le défiant de le faire. Il se retint. Derrière lui, Shawna avait plaqué ses mains sur sa bouche grande ouverte de surprise. « Dans ta chambre ! Je veux plus te voir ! » Ma mère n'attendit pas que j'y aille docilement pour m'attraper par le bras et me lever brutalement avant de me pousser dans le couloir. Je haussai les épaules, lissai mon pull et disparus derrière la porte que je fis claquer, par principe.

décembre 2014 – Les rires traversaient les murs, me faisant bien comprendre qu'à côté la soirée était chouette. Plus chouette sans moi, il fallait bien l'avouer. Ma mère était venue me voir un peu avant le dîner en me demandant d'aller présenter des excuses à mon beau-père. J'avais refusé, le ton était monté et j'avais finalement été consigné dans ma chambre jusqu'au lendemain. Puisque je ne voulais pas faire partie de cette famille, et bien je n'avais qu'à rester tout seul, qu'elle avait balancé avant de quitter la pièce. J'avais beau me répéter que je m'en fichais, que c'était même mieux comme ça, je n'y croyais pas vraiment. Pas du tout, en réalité. C'était Noël et je me retrouvais  étendu sur mon lit à attendre que le temps passe. Sauf qu'il ne passait pas. Dehors, la neige s'était arrêté, même elle ne paraissait pas décider à me faciliter la tâche, comme pour me faire regretter de m'être comporté comme le petit con que j'étais (et que je suis sûrement toujours, d'ailleurs). On était venu poser une assiette sur mon bureau, je n'avais pas daigné regarder de qui ça venait ni pris la peine de dire merci. De toute façon, je n'avais pas faim. J'avais fini par me calmer, ruminer dans mon coin m'avait épuisé. Les secondes s'étaient écoulées plus lentement encore, le bruit de fond que m'offrait le réveillon auquel je n'étais pas invité me berçant sans le savoir. Je fus réveillé je ne sais pas combien de temps plus tard par un poids affaissant mon matelas. Puis un second. J'avais mis un moment à émerger, comprenant difficilement ce qui se passait mais finalement, j'avais ouvert un œil pour tomber nez à nez avec Shawna et Jackson qui chuchotaient sans remarquer que je ne dormais plus. Le petit garçon fut le premier à le réaliser, si bien qu'il arracha la part de bûche au chocolat que tenait sa sœur pour me la tendre, tout sourire. Il faut bien avouer que je me sentis particulièrement bête à ce moment-là. « M...merci... » Je finis par m'asseoir en acceptant le dessert. Que celui qui sait résister à une bûche au chocolat me jette la première pierre ! « C'est la part à Shawna, Papa et Maman savent pas. Maman met le pyjama à Brady et Papa lit une histoire à Gally, alors on est venus. » m'expliqua-t-il en hochant la tête alors que la jeune fille lui mettait un petit coup de coude dans les côtes. « Bah quoi ? C'est pas vrai ? » Elle marmonna quelque chose en haussant les épaules, visiblement mal à l'aise, mais acquiesça malgré tout. C'était plutôt le genre de Jackson de me tirer des mauvais pas dans lesquels je me mettais tout seul, de négocier la fin prématurée de mes punitions parce que « lui aussi était puni de pas pouvoir jouer avec moi », pas vraiment celui de Shawna... Ce qui me rendait forcément plus réceptif à son geste. Sans trop savoir pourquoi, je déposai un baiser sur sa joue, la faisant rougir sans le vouloir, et comme la situation était vraiment trop bizarre, je réitérai l'expérience avec son frère qui se contenta d'avoir l'air de toucher enfin au but ultime de sa brève existence : ma reconnaissance. Des pas se firent entendre dans le salon, forçant les deux gamins à redescendre rapidement de mon lit. Le benjamin disparut en un rien de temps en prétendant avoir été aux toilettes. « Et ta sœur ? » Il était trop loin pour que j'entende correctement son mensonge. Shawna, elle, s'arrêta sur le pas de la porte et se tourna vers moi, l'esquisse d'un sourire maladroit illuminant son visage qui avait retrouvé sa blancheur habituelle. « Bon appétit. » Elle resta là une seconde supplémentaire et referma silencieusement derrière elle. C'était à la fois le meilleur et le pire réveillon que j'avais passé à Lucan. Le meilleur et le pire réveillon que j'y ai jamais passé...

mars 2015 – Des confettis jonchaient le sol du salon tandis que des verres abandonnés attendaient patiemment qu'on termine le champomy qu'il restait dedans. Aujourd'hui avait eu lieu la fête d'anniversaire de Shawna, à laquelle elle avait invité la majorité de sa classe et, fait étrange, Jackson et moi. Quand elle nous avait donné les invitations, parce qu'elle avait tenu à faire ça correctement, j'avais demandé à ma mère pourquoi ils l'avaient forcée à m'inviter alors qu'ils savaient très bien que je n'avais pas envie d'y aller. Elle avait prétendu que c'était l'idée de la jeune fille elle-même et qu'ils n'y étaient pour rien du tout. Je n'y avais pas cru et avais déclaré que je n'irai pas. Inutile de préciser qu'on ne m'avait pas vraiment laissé le choix et qu'une partie de mon argent de poche durement économisé avait été dilapidé dans un cadeau stupide. Je n'étais pourtant pas au bout de mes peines... Assis sur le canapé, j'observai silencieusement Patrick et ma mère faire défiler les photos que j'avais prises de la fête. On m'avait confié la lourde de tâche d'immortaliser l'après-midi et je devais bien avouer que, après quelques protestations, je m'étais laissé prendre au jeu. Parfois, ils chuchotaient en regardant le minuscule écran, un sourire idiot et attendri accroché aux lèvres. « Ils sont mignons sur celle-là ! » Mon beau-père hocha la tête et releva les yeux vers moi, visiblement ravi, avant de continuer sa découverte. J'avais eu des modèles coopératifs et je ne pouvais plus compter le nombre de fois où toutes les filles présentes s'étaient mises à poser dès que j'étais dans les parages pour être sûres d'être jolies (c'était une question de point de vue) si jamais j'avais le malheur d'appuyer sur le déclencheur. Ça avait été amusant, bien plus que la fête en elle-même, et je ne regrettai pas qu'on m'ait confié cette mission. « C'est du beau boulot ! » lâcha-t-il en éteignant l'appareil. « Quand j'te disais qu'on pouvait lui faire confiance, tu vois ! » Le regard victorieux qu'il lança à ma mère me fit sourire légèrement alors qu'une fierté que je connaissais rarement me prenait pour cible. Il avait insisté pour que je m'occupe de ça malgré les doutes de ma génitrice, qui n'avait pas arrêté de lui répéter que j'allais encore faire n'importe quoi, qu'on aurait pas une photo correcte et qu'à part ennuyer Shawna, ça ne servirait à rien. Elle n'avait pas tort, ça avait été ce que j'avais prévu de faire tout d'abord. Et puis sans trop le réaliser, mes plans avaient changé. « Pour une fois... » Elle m'adressa néanmoins un sourire soulagé et déposa un baiser sur mon front avant de disparaître dans la cuisine. Patrick lui emboîta le pas. J'hésitai une seconde puis le rattrapai rapidement, tirant sur sa manche pour attirer son attention. « Dis... Je pourrai recommencer ? » J'avais vraiment bien aimé jouer les apprentis paparazzis après des amies de Shawna et j'espérai de tout cœur que ça ne serait pas la seule et unique fois. Sans que je ne comprenne pourquoi, il passa son bras autour de mes épaules et m'embarqua jusqu'à son ordinateur. « Je récupère les photos et tu gardes l'appareil, qu'est-ce que t'en dis ? » Il prit même la peine de m'expliquer comment faire pour les transférer, histoire que je puisse me débrouiller par la suite. Pour la première fois depuis que j'avais déménagé, je l'écoutai religieusement, heureux d'apprendre quelque chose venant de lui. Mon air concentré le faisait sourire et, à la fin de la leçon, il tint sa parole en me laissant son bien entre les mains avant de partir rejoindre ma mère, visiblement satisfait de sa fin de journée...

juillet 2016 – La grosse horloge en plastique qui pendait négligemment au dessus de la porte de la cuisine affichait dix heures trente. Ma mère servait le petit-déjeuner, demandant toutes les trois secondes qui voulait quoi pour être certaine de ne pas se tromper tandis que Patrick lisait distraitement le journal en écoutant Gally raconter une histoire à Aoibheann qui, assise sur sa chaise haute, semblait boire ses paroles. La journée commençait sous les meilleurs auspices, sauf pour Jackson et moi, qui avions passé la plus grande partie de la nuit à nous livrer un combat acharné (plusieurs, pour être honnête) sur Pokémon. Mes yeux menaçaient de se fermer tout seul et mon bras ne paraissait pas vouloir tenir ma tête bien longtemps au-dessus du bol de céréales auquel je n'avais pas encore touché. Je bâillai à m'en décrocher la mâchoire et attrapai enfin ma cuillère en soupirant comme si ce simple geste me demandait tous les efforts du monde. A côté de moi, mon camarade de galère fixait ses tartines avec un air de zombie tout ce qu'il y avait de plus crédible. Ça allait être impossible de tenir éveillé jusqu'à ce soir ! Ma cuillère plongea dans le lait, tenta vainement de sauver une boulette de maïs de la noyade mais voyant que ça ne servait à rien, elle s'échappa de ma main et alla se reposer sur le bord. « Allez les garçons, on se réveille. » La voix de ma mère était chantante, sa bonne humeur aurait pu être contagieuse si seulement nous avions été en mesure de la remarquer vraiment. Elle nous ébouriffa les cheveux et me remit la cuillère dans la main pour m'encourager à avaler quelque chose. Shawna ricana et je l'entendis vaguement me traiter de bébé. J'avais envie de lui faire regretter d'avoir osé mais la seule chose dont je fus capable de faire fut de soupirer bruyamment. Pas effrayant pour un sou, malheureusement. Elle ricana de plus belle et finit par se lever. « Je vais chercher le courrier ! » Je pensais très fort que ce serait bien si elle pouvait se faire enlever par le facteur et mis enfin quelques céréales dans ma bouche, sans grand entrain. La tête de Jackson s'abandonna sur mon épaule mais je le virai d'un geste machinal qui eut au moins le mérite de le réveiller un peu plus alors qu'il grimaçait en se frottant les yeux. L'affreux tee-shirt rose de Shawna réapparut dans mon champ de vision tandis qu'elle tendait le petit tas d'enveloppes à son père. « Facture... Facture... Ah, ma sœur nous écrit de Madrid, visiblement il fait beau et elle vous fait de gros bisous à tous ! Facture... Qu'est-ce que...? » Je l'entendis retourner une enveloppe puis il finit par la tendre dans ma direction. « Tiens Dan, c'est pour toi. » Je relevai les yeux, ma curiosité piquée au vif, avant d'attraper la lettre. L'écriture soignée et l'encre verte ne me disaient rien du tout, pas plus que le cachet de cire rouge qui fermait le tout. Un cachet de cire, sérieusement ? Je finis par déchiqueter l'enveloppe pour en sortir un papier étrange recouvert de la même encre verte. « Collège Poudlard, école de sorcellerie...? » Je m'arrêtai aussitôt et relevai les yeux vers ma mère qui n'avait pas l'air plus avancée que moi. Une école de sorcellerie... Ça ne m'était pas totalement inconnu mais je n'arrivais pas à me souvenir où est-ce que j'avais entendu ça. « C'est tout ? » Je secouai la tête et repris ma lecture. « Cher Mr. O'Callaghan, nous avons le plaisir de vous informer que vous bénéficier d'ores et déjà d'une inscription au collège Poudlard... La rentrée est le premier septembre, et y'a une liste de fournitures sur l'autre feuille. » Ce nom, Poudlard, me disait vraiment quelque chose. « Ça existe vraiment les écoles de sorcellerie ? » s'étonna Jackson qui était bien réveillé à présent. Ma mère rit légèrement en secouant la tête. « Bien sûr que non. Ton frère est juste encore en train de se rendre intéressant, n'y fais pas attention et finis tes tartines. » Pourtant, sa question me rappelait quelque chose, comme une vieille conversation... Avec mon père. « C'est pas vrai ! J'ai rien fait du tout ! Regarde si tu me crois pas ! » Je m'étais levé si brusquement que ma chaise était tombée. Ma mère attrapa la lettre que je tenais et la survola brièvement. « Papa a dit que ça existait, les écoles de magie ! Il m'a même raconté plein de trucs sur le sujet quand j'étais petit, tu te souviens pas ? C'est peut-être celle-là ! » Je n'y avais jamais vraiment cru, et jusqu'à aujourd'hui, j'avais même oublié l'existence de ces histoires. Mais j'avais envie de penser que c'était vrai. Quel meilleur moyen de me rapprocher de lui que de vivre ce dont il m'avait parlé pendant des années ? « Ne sois pas idiot, tu sais très bien qu'il inventait ça juste pour t'endormir le soir. La magie, ça n'existe pas, ça se saurait sans quoi ! » Ou pas... Quelques heures plus tard, on frappa à la porte, un homme d'une quarantaine d'années qui se présenta comme un employé du « Ministère de la Magie », tout ça n'était pas une plaisanterie de mauvais goût et pour prouver ce qu'il racontait, il agita une branche qu'il sortit de sa poche et fit voler toutes les peluches d'Aoibheann, laissant toute la famille (moi compris) entre l'admiration et l'effroi, même s'ils étaient finalement plus proches de l'effroi qu'autre chose...

août 2016 – C'était la première fois que nous quittions, tous autant que nous étions, notre Irlande natale et je crois qu'aucun d'entre nous n'avait imaginé le faire un jour pour se retrouver dans une ruelle bizarre, peuplée de boutiques qui n'avaient aucun sens et de gens tout droit sortis d'un autre monde. Cette plongée dans le surnaturel était à la fois excitante et angoissante. J'avais eu envie de tout voir, de tout apprendre et pourtant, il fallut se rendre à l'évidence : on se contenterait du nécessaire avant de disparaître aussi vite que possible de là. M'envoyer dans cette école étrange n'avait pas été une décision facile à prendre. Ma mère avait tout d'abord refusé d'en entendre parler, prétendant que son fils n'était pas un demeuré qui irait faire des tours de magie à l'autre bout du monde mais Patrick avait réussi à nuancer un peu son raisonnement, mettant en avant le fait que ça ne pourrait pas me faire de mal d'avoir une vie à moi. Ils avaient bien remarqué que je faisais tout mon possible pour garder encore mes distances, pour ne pas qu'on m'assimile trop facilement à cette famille sans fin et ces mômes trop nombreux et cette école, aussi surprenante qu'elle puisse être, était le moyen rêvé de m'offrir l'occasion de me retrouver un peu. Il espérait même, je l'ai su qu'après, que l'éloignement me ferait prendre conscience de l'attachement que j'éprouvais pour eux et que je reviendrais plus adorable que jamais. Ce fut fort de ces espoirs un peu utopistes qu'ils nous embarquèrent pour l'Angleterre, Londres et son (soi-disant) célèbre Chemin de Traverse. Une vraie galère à trouver ! Mon beau-père avait gardé ma liste de fournitures et avait décrété qu'ils iraient, Shawna, Jackson, Brady, Gally et lui, chercher mes livres puisque c'était très certainement à leur portée, pendant que ma mère, Aoibheann et moi nous chargerions de ma baguette magique. Elle n'avait pas paru très enthousiaste à cette idée mais avait consenti à suivre le mouvement, se laissant emmener jusqu'à la boutique. Je ne mis pas longtemps à ouvrir la porte, la tenant même à ma mère et à ma sœur (puisqu'elle l'était à peu près, celle-là), avant de m'avancer jusqu'au comptoir et de taper sur la petite sonnette qui résonna dans la pièce. « Bonjour jeune homme, Mesdames. » Un homme venait de sortir de nulle part et s'approcha de moi avec un sourire avenant qui me mettait plutôt mal à l'aise. « B...bonjour. » Il sortit un mètre de couturière de la poche de sa veste et me fit signe de tendre le bras. Je m'exécutai, docile et inquiet, puis l'observai silencieusement mesurer toutes les parties possibles de mon bras tendu. Finalement, il partit chercher des boîtes sur des étagères surchargées pendant que le mètre continuait de prendre tout un tas d'autres mesures qui me semblaient pas avoir de rapports avec une possible baguette magique. Ma mère avait attiré Aoibheann contre elle, comme si elle risquait quelque chose. Le vieil homme revint juste au moment où son instrument achevait son travail et me tendit une première branche. « Alors... J'imagine que celle-ci devrait vous convenir. » Mes doigts se refermèrent sur le manche qu'il me tendait et j'attendis bien sagement qu'il se passe un truc. « Et bien, qu'est-ce que vous attendez ? » Je relevai les yeux vers lui sans comprendre. « Servez-vous-en ! » M'en servir ? Mais je savais pas me servir de ça, moi, c'était bien le but d'aller à l'école de magie, non ? Je l'agitai un peu bêtement dans l'air, tâchant de reproduire le geste qu'avait fait l'homme du Ministère quelques semaines plus tôt. Ce fut un échec cuisant mais le vendeur ne s'en formalisa pas, me l'arrachant seulement des mains. « Non, visiblement pas... Essayez celle-ci. » Il m'en mit une deuxième dans les mains et je recommençai mon numéro ridicule sans plus de succès. Il regarda les boîtes et en ouvrit une nouvelle, me tendant la baguette qu'elle contenait. « C'est n'importe quoi... » s'impatienta ma mère derrière moi alors que je bougeai à nouveau le poignet, sans trop d'espoir. Pourtant, je ressentis une chaleur agréable et mon morceau de bois projeta des étincelles argentées. Aoibheann applaudit joyeusement en me demandant de recommencer mais je n'eus pas le temps de le faire que l'homme avait déjà récupéré la baguette que je tenais. « Bois de lierre et cheveu de Vélane, vingt-et-un centimètres virgule trois. C'est une baguette capricieuse, difficile à manier mais très efficace dans les sortilèges de protection. Il va falloir vous armer de patience pour l'apprivoiser. » déclara-t-il avec sérieux alors qu'il emballait ma nouvelle acquisition, sans prendre la peine de nous demander si c'était bien celle-là qu'on voulait. Et entre nous, j'étais pas très sûr de vouloir un truc capricieux qui allait me demander des efforts ou quoi que ce soit du genre... Mais visiblement, ici, on avait pas le choix. Étrangement, ni ma mère ni moi n'avions trouvé le courage de demander ce que c'était qu'un vélane, j'avais imaginé qu'il s'agissait d'un animal qui ressemblait à l'âne commun mais sans trop de conviction. « Voilà. Sept gallions s'il vous plaît. » Ma mère déposa avec méfiance les pièces sur le comptoir et m'attrapa l'épaule pour me pousser vers la sortie. « Ne recommence jamais ça à la maison, c'est compris ? » Encore groggy par cette parenthèse vraiment bizarre dans ma journée qui l'était déjà beaucoup, je ne pris pas la peine de la contredire et hochai simplement la tête. J'avais fait mon premier tour de magie. Ça n'était pas une blague, j'étais un vrai sorcier...

juillet 2017 – Les parents de Patrickavaient accepté de rester à la maison pour garder Aoibheann et Gally quelques heures supplémentaires. Ils nous gardaient déjà tous depuis la veille, arrivés peu après que ma mère ait décrété avec un calme surprenant qu'il était temps d'aller à l'hôpital s'ils ne voulaient pas qu'elle accouche dans la voiture. Ils les avaient appelé en urgence et le couple avait débarqué, tout sourire, comme il l'avait fait les deux fois précédentes. La mécanique commençait à être rodée et j'espérais sérieusement que ce serait la dernière fois qu'ils auraient à l'utiliser. « Je monte devant ! » Je ne laissais pas le temps aux trois autres de répliquer que je claquais la portière derrière moi. Nous étions de sortis, direction la maternité où nous attendait notre petit frère. Dire que j'avais vraiment envie d'y aller serait mentir, je savais à quoi ressemblait un bébé, nous avions déjà connu ça avec les deux derniers, et honnêtement, ils se ressemblaient tous. Mais quand Patrick avait débarqué en nage et des étoiles plein les yeux en déclarant qu'il était né, je n'avais pas eu le courage de faire ma mauvaise tête. On pouvait bien dire ce qu'on voulait, je n'étais pas un ange mais je n'étais pas non plus le diable en personne. J'avais un cœur, parfois. Shawna avait essayé de savoir le prénom mais son père lui avait répondu qu'il ferait les présentations une fois sur place et n'avait pas craché le morceau. Heureusement, le trajet ne fut pas bien long et il ne nous fallut pas beaucoup de temps pour nous retrouver à errer dans les couloirs trop blancs du bâtiment. Dans la chambre, ma mère allongée sur son lit, l'air épuisée mais heureuse. A côté d'elle, un gros bébé dans un pyjama jaune et bleu dormait dans un petit lit transparent. Il bougea doucement le bras à notre arrivée, comme s'il nous avait entendus. Peut-être, j'avoue que je n'y connais pas grand chose en bébé, malgré tout. Ma mère se redressa et nous adressa un sourire rayonnant que je ne pus m'empêcher de lui rendre. Non, bien sûr, je n'avais pas franchement envie de ce nouveau gamin dans les pattes (deux mois par an c'est trop, si vous voulez mon avis) mais son bonheur était communicatif. « Regarde, Maolsheachlann. Regarde qui est là. » souffla-t-elle d'une voix douce alors qu'elle attrapait la minuscule mains de son fils. Le regard que nous échangions, Shawna, Jackson et moi, en disait long. « Maquoi ? » Pendant ce temps, Brady essayait de prononcer correctement l'horreur qu'ils prétendaient être un prénom. « Maolsheachlann ! » C'est qu'il avait l'air fier, en plus ! Jackson rit nerveusement tandis que sa sœur s'agitait à côté de moi. Se moquer n'était pas bien venu, bien sûr, mais il fallait reconnaître qu'ils le cherchaient un peu. « Rioghbhardan, Gallchobhar, Aoibheann et maintenant Maoltruc... Vous les aimez vraiment pas en fait ! » Je lui mis une petite claque alors que les nouveaux (ou presque) parents riaient, un peu mal à l'aise, à sa remarque. Ils devaient bien se rendre compte qu'il n'avait pas tort. Je m'approchai prudemment du bébé, sous le regard protecteur de ma mère, et soupirai avec exagération. « Ouais, tu verras le monde est cruel. Surtout tes parents... Faudra être fort, gamin... » Elle se mit à rire à nouveau et m'envoya en pleine tête le nounours qu'il y avait dans le petit lit. « Eh ! Vous allez le monter contre nous à ce train-là ! » Finalement, on a décidé de l'appeler Mal et tout le monde arrive à le prononcer correctement à la maison...

septembre 2017 – Aujourd'hui n'était pas un jour comme les autres. C'était mon anniversaire et j'avais treize ans. Ça n'était pas exceptionnel, bien sûr, ça ne changeait pas le cours de mon existence mais tout de même ! C'était le deuxième anniversaire que je passais loin de Lucan et même si j'aimais prétendre que c'était les meilleurs de ma vie, ça n'était pas si vrai que ça. Ma mère ne venait pas me réveiller me chantant cette chanson stupide, Jackson ne grimpait pas sur mon lit pour me forcer à lui faire un câlin et Shawna ne se mettait pas aux fourneaux en rentrant de l'école pour préparer un gâteau digne de ce nom pour le dessert. Même Patrick et le reste du troupeau me manquaient le jour de mon anniversaire... Pourtant, ce fut de bonne humeur que je quittai ma salle commune pour rejoindre la Grande Salle. Je me laissai tomber en souriant sur le banc, près de mes camarades de dortoir qui étaient descendus juste avant. « Joyeux anniversaire, vieux ! » Mon sourire s'agrandit alors que j'attrapai un part de cake au chocolat et le pichet de jus de citrouille. Je n'eus même pas le temps de répondre qu'une armée de hiboux passa les fenêtres de la pièce, survolant les tables avant de balancer leurs chargements devant les élèves concernés. Sans surprise, l'un d'entre eux rasa notre table et abandonna un petit paquet surmonté d'une lettre juste à côté de mon assiette. La lettre passa bien évidemment au second plan et j'arrachai en un rien de temps le papier coloré qui renfermait un appareil photo, en tout point semblable à celui que j'avais à la maison, mais que la boîte qualifiait de sorcier. Comprendre que le mien ne fonctionnait pas à Poudlard (je l'avais pris avec moi lors de ma première rentrée dans l'espoir de partager mon nouvel environnement en rentrant) avait été un véritable drame. Il fallait dire qu'il était devenu le prolongement naturel de mon bras ou presque et qu'il ne se passait pas une semaine sans que je mitraille avec plus ou moins de succès tout ce qui était à ma portée. J'allais désormais pouvoir le faire ici aussi. Pendant que mes amis débattaient de la nécessité d'ensorceler mon nouveau jouet pour qu'il se déclenche tout seul dans les toilettes des filles, histoire de récupérer des clichés intéressants, je m'intéressai enfin à l'enveloppe. Tous y avaient été de leur petit mot, me souhaitant tant un joyeux anniversaire qu'une bonne journée, ma mère regrettait de ne pas me voir grandir et se plaignait de ne pas m'avoir à ses côtés alors que Patrick espérait avec humour que le vendeur du Chemin de Traverse ne les avait pas arnaqués en voyant leur inculture totale. Il y avait même un gribouillis affreux et multicolore qui venait sans le moindre doute de la main inexpérimentée d'Aoibheann. Ils étaient loin, certes, mais j'avais l'impression qu'ils étaient tous plus proches que jamais et je me garderai bien de le leur dire, bien sûr...




Dernière édition par A. Jesse McDermott le Lun 20 Juin - 12:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 12:01


Moi, j'ai une longue histoire

juillet 2019 – Je venais à peine de rentrer de l'école, ma valise reposait en plein milieu de ma chambre (ou devrais-je dire de « notre chambre ») sans que personne n'ait encore pris la peine de la vider et le dîner avait été expédié en vitesse. La nuit était tombée depuis un moment, comme à chaque fois que je rentrais, et si Shawna s'efforçait de garder les yeux ouverts en regardant avec une fatigue évidente les épisodes multirediffusés d'une série pourrie, le reste du troupeau avait rejoint les lits depuis longtemps. « Mais je te jure que c'est Papa ! » J'avais repoussé une feuille vers ma mère qui soupira de plus belle, l'air plus troublé qu'elle ne voulait l'avouer. Ces derniers mois à Poudlard m'avaient fait aller de découverte en découverte. Tout était parti d'une lecture idiote d'un numéro quelconque de la Gazette et d'un minuscule article concernant le « regretté batteur des Chauves-souris de Ballycastle », pour l'anniversaire de je ne sais plus quel match ou quel événement de l'équipe. Pourtant ça n'avait fait aucun doute, l'homme chevauchant un balai qui souriait joyeusement pour la photo ne m'était pas inconnu. Et la légende m'avait donné raison puisqu'elle le nommait en toute lettre, tuant sans mal les hésitations qui auraient pu subsister encore : il s'agissait bel et bien de Cillian O'Callaghan. De mon père. Le choc avait été plus brutal que prévu et j'étais resté là, au beau milieu de la Grande Salle, à relire encore et encore les quelques lignes qui semblaient en connaître bien plus que moi au sujet de mon propre géniteur. Le regard clair de Shawna avait quitté la télévision pour la table du salon autour de laquelle nous étions installés, ma mère, Patrick et moi. Lorsqu'il croisa le mien, elle se leva sans un mot et vint se poster derrière ma chaise pour regarder ce qu'il se passait. « Arrête un peu de dire n'importe quoi, tu veux ? Je te l'ai déjà dit, ton père n'était pas un sorcier. » Je sentis mes muscles se raidir à son ton froid. Patrick ouvrit la bouche mais elle le fit taire d'un regard. Je ne m'étais pas contenté d'un vague article. Le reste de mon année n'avait été là que pour me permettre d'en apprendre davantage sur lui et j'avais réussi à mettre la main sur quelques interviews et de nombreuses photos que je sortis d'un geste brusque qui fit sursauter tout le monde. « Ah ouais ? Et tout ça, alors ? C'est quoi ? Hein ? Une coïncidence ?! Ose me dire que c'est pas lui ! Vas-y ! » Ses mains, un peu tremblantes, se saisirent de quelques feuilles tandis que celle de Shawna se posait sur mon épaule. Ma mère se referma, ses yeux balayant ce qu'elle tenait à une vitesse incroyable. Les articles, les photos, tout ce qui lui tombait sous la main subissait le même sort alors que son visage pâlissait de plus en plus. Elle me croyait, maintenant ? « Il était pas chauffeur de bus... Mais joueur de Quidditch. J'suis sûr qu'on peut apprendre plein d'autres trucs ! Et il avait une famille, on peut peut-être essayer de leur écrire, ou d'aller les voir, non ? J'aimerais bien connaître mes grands-pa... » J'avais parlé sans prêter d'attention à ma mère, trop occupé à fixer à l'envers et sans les voir vraiment les sourires radieux que m'offrait la version papier glacé de mon père. « Tais-toi ! Je ne veux plus en entendre parler. Tu racontes n'importe quoi. Tu racontes toujours n'importe quoi ! » Elle ne m'avait pas laissé finir et avait quitté la table sans un mot de plus, sans même se retourner. Je relevai la tête vers Patrick, le seul à me faire face à présent, et n'eus même pas le courage de répondre à son sourire désolé. « J'te jure que c'est vrai, c'est pas n'importe quoi, c'est... c'est vraiment mon père ! » Shawna resserra discrètement son étreinte avant de m'abandonner à son tour pour aller éteindre la télé. « Je sais, Dan. Je te crois. Et ta mère le sait aussi. Laisse lui juste le temps d'encaisser la nouvelle. Ça ira mieux après. En attendant, filez au lit tous les deux, vous arriverez pas à vous lever demain matin. » J'ai soupiré alors qu'il m'ébouriffait les cheveux, déposant quelques secondes plus tard un baiser sur la joue de sa fille. « Papa a raison, tu sais, ça ira mieux après... » Je hochai la tête plus par politesse qu'autre chose et me levai à mon tour, sans grand entrain. Je les avais crus, ce soir-là, convaincu que ça serait l'affaire de quelques jours mais nous nous étions tous les trois lamentablement plantés...

décembre 2019Jackson termina de lisser correctement le glaçage au chocolat que nous avions versé sur la bûche et alla la ranger tant bien que mal dans le frigidaire. Les années avaient beau passer, le dessert de Noël, lui, restait inchangé. Et cela ne déplaisait à personne, pas même à moi qui avais consenti à mettre la main à la pâte, pour une fois... Il commença à mettre les ustensiles utilisés dans le lave-vaisselle tandis que Shawna allait s'occuper de réveiller Aoibheann et Mal qui achevaient leur sieste. Je finis par quitter la cuisine à mon tour, traversant le salon où Brady et Gally étaient en train de choisir le film que nous allions regarder en « famille » avant qu'il ne soit l'heure de dîner sans prendre la peine de m'arrêter avant de me glisser silencieusement dans le couloir, à la suite de Shawna. Si elle alla jusqu'au bout de celui-ci, où se tenaient nos chambres, je m'arrêtai un peu avant et toquai doucement à la porte de celle de ma mère. Pas de réponse. J'entrouvris discrètement et passai la tête à l'intérieur. Il faisait plus sombre que dans le reste de l'appartement. Les volets étaient fermés, les rideaux tirés par-dessus. L'obscurité quasi-totale était seulement dérangée par la lumière du couloir et me rendait difficile l'observation de quoi que ce soit. Pourtant, je parvins à distinguer une silhouette étendue sous les couvertures. Elle me tournait le dos. Je finis par entrer, non sans une boule au ventre. Les choses avaient dégénéré plus que nous ne l'aurions jamais imaginé. Déjà, avant que je ne retourne à Poudlard, elle n'était plus aussi souriante, plus aussi radieuse que d'ordinaire mais personne ne s'en était inquiété plus que ça. On avait tous mis ça sur le compte de la guerre silencieuse qui s'était déclarée entre elle et moi au sujet des révélations que j'avais eu sur mon père mais même après mon départ, ça n'avait fait qu'empirer. Aujourd'hui, elle ne se levait plus, passait son temps à pleurer et refusait de nous rejoindre pour dîner. Patrick travaillant toujours autant, c'était à Shawna de prendre un rôle qui ne lui revenait pas : celui de maman. Et il fallait bien avouer que du haut de ses seize ans, elle s'en sortait vraiment bien. Depuis le début des vacances, je faisais ce que je pouvais pour l'aider, n'hésitant pas à préparer le dîner ou à baigner les plus jeunes en attendant que leur père rentre enfin. Je m'estimais heureux de ne pas vivre ça au quotidien autant que je culpabilisais de les abandonner la majeure partie de l'année. C'était un mélange étrange et perturbant. Pour la première fois de ma courte vie, je me sentais appartenir pleinement à leur famille, parce que c'était ma mère et qu'ils se retrouvaient tous aussi perdus sans elle que je pouvais bien l'être. Je m'approchai du lit et m'assis sur le bord. Elle ne bougea même pas, pas plus lorsque je posai ma main sur son bras. « Maman ? » Ma voix était calme et douce, en contradiction totale avec le cataclysme intérieur que je pouvais bien ressentir. Ma mère était là, dans un état presque végétatif, reniflant comme si elle sanglotait encore et moi, j'étais responsable de tout ça et particulièrement impuissant. Elle émit un petit couinement pathétique que je pris comme une invitation à continuer. « On a fini la bûche. On va manger dans pas très longtemps. On attend Patrick. » Elle renifla une fois de plus et remonta la couverture, cachant presque totalement son visage. « Les garçons choisissent un DVD, on va le regarder tous ensemble... » Je repoussai tant bien que mal la couette, ma mère gémissant plaintivement à mon geste. « Viens le voir avec nous... Allez... Ce sera bien... Tu... Tu nous manques, Maman... » Elle se mit à pleurer de plus belle et m'arracha le tissus des mains, s'ensevelissant entièrement dessous. « Va-t-en ! » Sa voix me parvenait péniblement, ses pleures et la couverture n'aidant en rien. « J'suis une mauvaise mère... Je vous mérite pas... Je suis désolée... Pardon... » Sur quoi elle me repoussa et recommença à me hurler de partir. Mes jambes eurent le bon sens de me porter jusqu'à la sortie où m'attendait Shawna, visiblement aussi choquée que je pouvais bien l'être. J'eus à peine le temps de fermer la porte qu'elle m'attirait contre elle, m'enlaçant comme aurait dû le faire ma génitrice. J'enfouis mon visage dans son cou alors qu'elle me frottait le dos dans un geste rassurant. « Tout est de ma faute... » Ses lèvres se posèrent sur mon front alors que je resserrai mon étreinte sur sa taille fine. « Ne dis pas ça... Papa dit que c'est la coïncidence. T'y es pour rien. » J'allais protester mais elle ne m'en laissa pas le temps. « T'y es pour rien... » Elle me força doucement à relever la tête, ses yeux verts se noyant dans le chocolat des miens. Elle souriait, un peu tristement mais elle souriait. Je dus prendre sur moi pour le lui rendre alors qu'elle essuyait maladroitement mes joues. « Ce soir, on y pense plus, d'accord ? Au moins pour les petits. Faut qu'on soit tous contents. C'est Noël. C'est bien, Noël, non ? » Je hochai la tête, pas très convaincu. Elle dut le remarquer puisqu'elle me mit une petite claque sur la joue en ricanant nerveusement avant de me serrer à nouveau contre elle. « Allez, viens. Y'a Les Cinq Légendes qui nous attendent... » Sur quoi elle m'attrapa la main et m'entraîna jusqu'au salon où le reste de la fratrie était déjà installé sur le canapé. Je jetai un dernier regard à la porte derrière laquelle s'était retranchée ma mère puis suivis docilement Shawna. Je soulevai Aoibheann pour lui piquer sa place et la laissai s'installer sur mes genoux en échange. Elle avait raison, dans le fond, ce soir, c'était Noël et il fallait que nous en profitions au maximum que notre mère soit là ou pas...

juillet 2020 – La fin de l'année n'avait pas été mieux que son début. Patrick m'avait traîné de force jusqu'au Poudlard Express pour que je retourne à l'école mais mon esprit était resté à Lucan. La ville me manquait autant que je la détestais, je voulais retourner auprès des miens autant que j'étais d'ordinaire ravi de les quitter. Ma mère n'allait pas bien et moi, j'étais contraint de jouer les dégénérés qui faisaient des tours de magie. Courant févier, j'avais reçu une lettre m'expliquant qu'ils avaient été obligés de la faire interner, elle refusait catégoriquement de se soigner et son état se dégradait de plus en plus. Si je comprenais qu'ils n'aient pas eu le choix, je n'ai jamais accepté qu'ils me laissent moisir à Poudlard. « Tu es bien mieux là-bas » répétait mon beau-père à chaque fois que j'avais le malheur de lui demander d'écrire à McGonagall pour que je puisse rentrer ! Je n'ai jamais compté le nombre de lettres envoyées pour rien, le nombre d'heures passées à espérer qu'il finirait par changer d'avis. Honnêtement, mon année s'est terminée le jour où la nouvelle est tombée. Je n'étais plus bon à rien, je n'arrivais plus à me concentrer, mes notes déjà pas brillantes étaient en chute libre... Il n'y avait plus rien d'autre qui comptait que l'état de ma mère et le pétrin dans lequel était le reste de la famille, pétrin que me cachait Patrick mais que me dévoilait Shawna dans son dos. Elle devait avoir besoin d'une oreille attentive et moi d'une taupe. Jamais nous ne nous sommes autant écrit que durant ces quelques mois... Lorsque, enfin, je fus de retour, ma mère attendait bien sagement à la maison. Elle semblait avoir vieilli et son regard était plus triste que jamais. Je regrettai presque d'être revenu. On m'avait prévenu qu'il fallait la ménager un peu, que nous ne devions pas la brusquer. Et je vous assure que c'était dans mes plans. Tout le mois de juillet, j'avais été un fils modèle, le gamin idéal. Ni heurts ni cris, du moins pas lorsqu'elle était dans les parages. Je me pliais sagement aux tâches ménagères et m'occupais de mes frères et sœurs comme le faisait d'ordinaire notre aînée. Il fallut attendre que le hibou apporte ma liste de fournitures pour que l'image parfaite que je renvoyais alors n'éclate en mille morceaux. « Rioghbhardan O'Callaghan ! » tonna ma mère depuis la cuisine alors que je terminai de m'habiller. Je me suis raidi d'un coup, sentant arriver l'embrouille. Jackson qui venait de sortir de la douche et trempait le sol de notre chambre en restant planté au beau milieu de celle-ci sans avoir pris la peine de se sécher avant me fixait comme si on venait de lui annoncer que j'étais coupable de meurtre. « Grincheux a fait une grosse bêtise, on dirait ! » Je le poussai sur son lit un peu plus violemment que je l'aurais cru. « Rho, la ferme. » Mes doigts achevèrent d'attacher mon pantalon et je quittai la chambre pour rejoindre ma mère. « Qu'est-ce qu'il y a ? » Si ses yeux avaient pu lancer des éclairs, je serais mort sur le champ. « C'est quoi ça ? » Je pris la lettre qu'elle me tendait et la survolai rapidement. J'ai le regret de vous annoncer qu'aux vues de vos résultats, nous sommes dans l'obligation de vous faire redoubler votre quatrième année au collège Poudlard blablabla... L'encre verte et l'écriture soignée ne trompaient pas. Ça n'était pas une mauvaise blague, je n'avais même pas été fichu d'obtenir la moyenne cette année... « On paye une fortune, ton père et moi, pour qu... » J'avais froissé la lettre sans m'en rendre compte. « C'est pas mon père ! » Patrick arriva à cet instant précis, comme s'il avait compris qu'il était devenu indirectement le sujet de notre conversation. Son air attristé me mit mal à l'aise. Lorsqu'il nous demanda ce qu'il se passait, je me contentai de lui fourrer la lettre froissée dans les mains. « Norah... Il a eu une année difficile, lui aussi, tu le sais. Il va se reprendre et à la rentrée ce sera bon. N'est-ce pas, Dan ? » Hébété, je hochai la tête alors qu'il me rendait la mauvaise nouvelle. « Et puis, les économies qu'on fera avec ses fournitures, ce sera toujours ça qu'on pourra dépenser dans celles de Mal ! » Il adressa un sourire rassurant à ma mère et alla l'embrasser tendrement avant de se préparer à partir travailler. Il n'avait pas eu besoin de faire la moindre remarque pour que je me sente idiot. Peut-être qu'il n'était pas mon père, pas vraiment, mais je n'étais même pas sûr que le mien en aurait fait autant pour moi et se serait montré allié à ce point...

août 2020Shawna était vautrée sur le canapé avec une de ses amies, une petite grosse avec laquelle la puberté n'était pas tendre. Elles gloussaient bêtement en regardant une comédie romantique avec je ne savais pas trop quel acteur « trop canon » pendant qu'à leurs pieds, Ciara était en train de jouer avec ses cubes. Ma mère était partie rendre visite à ses parents pour le week-end et Patrick devait faire l'inventaire du magasin, si bien que nous nous retrouvions, elle et moi, à jouer les baby-sitters (une fois de plus). Dès que je relevais les yeux des corps explosés des zombies que je venais de tuer sur ma console, je croisais le regard bovin de la copine qui m'offrait son plus beau sourire métallique en rougissant bêtement. Elle se penchait parfois vers Shawna qui lâchait la télévision deux secondes pour s'intéresser à moi et haussait les épaules avec toute l'indifférence du monde. Je ne savais pas si c'était agréable ou non. Sans me vanter, pas trop, ça n'était pas la première fois que ces demoiselles me faisaient part de leur intérêt. Après une période très ingrate durant ma pré-adolescence, je devais bien avouer que je m'en sortais à présent pas trop mal. Suffisamment en tout cas pour me faire réaliser que j'avais les moyens d'en jouer un peu. Là... Elle était décidément trop moche pour en tirer une quelconque satisfaction et le dédain que me portait Shawna en sa compagnie n'arrangeait pas les choses. Non, ça n'était pas agréable en fait. Je reportai finalement mon attention sur le massacre dont j'étais l'auteur, bien plus esthétique que les deux baleines échouées devant la télé. Nous étions plutôt tranquille, cet après-midi là, Brady était chez un copain de classe alors que Jackson s'était dévoué pour aller au parc avec Aoibheann et Maolsheachlann. Il ne restait que Gally, en train de lire, de dessiner ou n'importe quoi d'autre qui se faisait en silence. C'était tellement simple d'oublier son existence... Ciara, elle, en revanche nous la rappela sans la moindre honte en se mettant à brailler à pleins poumons, nous faisant sursauter tous les trois d'un même mouvement. « Faut la changer, je crois. Tu veux bien t'en charger, s'il te plaît ? » Je ne pris même pas la peine de relever les yeux de ma console, m'adossant simplement plus confortablement contre le dossier de ma chaise. « Peux pas. Pas fini ma partie. » Elle soupira. « Et t'en as pour longtemps ? » Je ricanai discrètement et haussai les épaules alors qu'un zombie venait de se prendre une balle en pleine tête. « Ouais. » Elle soupira de plus belle et le son de la télévision se coupa, signe qu'elle avait capitulé et mis pause. Malheureusement, à peine eut-elle disparu avec la pleurnicheuse que la copine se levait à son tour et venait regarder par dessus mon épaule ce que j'étais en train de faire. « T'as l'air doué. » Sérieusement ? C'était vraiment pourri comme technique d'approche ! « Ça va. » Elle se pencha un peu plus pour observer ce qu'il se passait sur ma console mais sentir son souffle dans mon cou me fit lamentablement tirer de travers et ma partie se termina aussi lamentablement d'ailleurs. Génial... Elle ne parut pas déranger plus que ça de m'avoir fait rater puisqu'elle se redressa en rejetant arrière ses cheveux ternes et vaguement blonds. « Ma cousine se marie le week-end prochain. Tu veux bien m'y accompagner ? » Je sursautai plus brusquement encore que lorsque ma sœur s'était mise à hurler mais je ne me laissai pas démonter, un sourire moqueur étirant mes lèvres. « Ça dépend ce que j'y gagne. » Elle eut l'air soulagé, ce qui me fit sourire davantage encore. Non mais quelle idiote ! « Ça veut dire oui ? » « Non. Ça dépend de ce que j'ai en échange. » Le sourire qui s'était installé sur son visage se fana aussitôt. « J'en sais rien moi... Ma reconnaissance éternelle ? » J'ai ricané en secouant la tête alors qu'elle soupirait discrètement. « Vingt euros ? » Je dus avoir l'air surpris parce qu'elle vira écarlate et baissa les yeux. Elle était désespérée au point d'être prête à me payer pour l'accompagner à un mariage ? Elle pouvait pas demander à quelqu'un d'autre ? Je la toisai un instant. Non, évidemment... « Cinquante. Pas moins. » Elle grimaça et se tortilla sur place. Si elle essayait de m'amadouer, c'était raté, ça me donnait juste envie de lui indiquer l'emplacement des toilettes. « Tu te fais passer pour mon petit-ami pour ce prix-là, alors ! » Je ne pus m'empêcher de rire, un peu cruellement d'ailleurs. « Compte pas dessus. C'est un trop gros sacrifice que tu m'demandes là, t'es gentille mais j'ai une fierté quand même. » Elle parut blessée mais je ne m'y fis pas attention. Avec un peu de chance, elle allait finir par laisser tomber l'idée. « Et pour quatre-vingt, tu le fais ? » Cette fille était complètement folle. Mais j'étais fauché... Et c'était plutôt bien payé pour avoir à lui tenir la main pendant quelques heures... Shawna revint à ce moment-là, Ciara visiblement calmée dans les bras. J'adressai un sourire ravi à ma nouvelle cliente, sourire qu'elle me rendit avec méfiance. « Je dois être chez toi à quelle heure ? » Mon aînée manqua de s'étouffer et sa copine avoua qu'elle m'enverrait un texto ce soir pour me le dire, sur quoi elle s'empressa de noter mon numéro avant de retourner devant leur film ridicule. Oui, il fallait vraiment se dire que c'était bien payé pour le peu que j'allais avoir à faire...

décembre 2020 – Alors que j'avais imaginé que mon job d'escort boy se résumerait à une seule et unique cliente, ce qui me suffisait vu la cliente en question, le bouche-à-oreille avait fonctionné plus que bien durant mon absence et me forçait à revoir mes plans. Quelques anciennes camarades d'école et une ou deux filles du quartier, les plus moches de Lucan à n'en pas douter, avaient réussi à extorquer mon numéro à l'amie de Shawna et ne s'étaient pas dérangées pour me proposer de les accompagner à toutes les fêtes qu'elles pouvaient bien avoir dans leurs emplois du temps en prenant néanmoins la peine de préciser qu'elles ne s'attendaient pas à ce que je fasse quoi que ce soit bénévolement. Je ne savais pas trop si je devais en rire ou en pleurer. Parce que j'avais eu la bêtise de le faire une fois, rien qu'une, j'avais une réputation détestable parmi une partie de la gent féminine de la ville ! C'était d'une injustice profonde. Mais une occasion en or malgré tout... J'avais seize ans et devant moi les moyens de multiplier sans trop d'efforts mon argent de poche. Prétendre que je n'ai pas hésité serait mentir, d'accord, mais j'ai fini par accepter autant qu'il m'était possible de le faire sans attirer l'attention de ma mère ou de Patrick. Je disais avoir renoué avec d'anciennes connaissances (qui irait vérifier ce qui se disait sur Facebook ?) ou rejoindre des amis de Poudlard. Si bien que je pus jouer les petits-amis temporaires de quatre demoiselles différentes sur les vacances... Je venais d'achever la soirée du nouvel an avec une autre, une fille avec qui j'avais été en primaire et dont la mère avait toujours tenté (avec l'aide et le soutien de la mienne) de nous faire tomber éperdument amoureux dès notre plus jeune âge. Ce qui avait été un échec lamentable. De mon côté du moins... La pauvre avait un peu trop bu et ricanait toute seule depuis de longues minutes déjà alors que nous tentions tant bien que mal d'arriver jusqu'à chez elle. Il avait été décidé que je la ramènerai jusqu'à la porte de son appartement, sûrement parce qu'elle prévoyait de ne pas être en état de rentrer toute seule, après quoi je serai libéré de mon devoir et pourrai enfin aller me coucher. Je m'étais ennuyé comme un rat mort toute la soirée, à écouter des gens que je ne connaissais pas lui demander tous les détails de notre « couple », à quoi elle répondait avec une conviction troublante qui me laissait presque croire que tout cela était réel. Ça n'aurait pas dû être autorisé de mentir aussi bien. Elle finit par s'appuyer contre le mur de son palier avant de me tendre ses clés. « J'arriverai jamais à viser la serrure. » Et elle gloussa de plus belle tandis que j'ouvrai à sa place. Ses parents étaient en voyage et l'avait laissé passer les fêtes de fin d'année sans personne, ce qui expliquait sûrement son envie d'en profiter au maximum. « Voilà Mademoiselle ! C'est ici que nos chemins se séparent... » Elle gloussa de plus belle et se rapprocha de moi. Son souffle chaud empestait la vodka. « Passe la nuit avec moi... J'suis toute seule, j'aime pas être toute seule... Allez Dan, s'il te plaît... » Je la repoussai doucement en secouant la tête. « Il était juste question que je t'accompagne et que je te ramène... On était d'accord. » Elle fouilla dans son sac et en sortit un billet de cent euros qu'elle me fourra dans la main, refermant mes doigts dessus avec un sourire enjôleur. « On peut peut-être revoir les termes du contrat, maintenant, non ? » Mon cœur s'était mis à battre plus fort. Si je voulais bien jouer les cavaliers, il n'avait jamais été question que ça aille plus loin... D'un autre côté, j'avais surpris une conversation entre ma mère et mon beau-père à propos de dettes accumulées depuis son internement et cent euros supplémentaires seraient sûrement les bienvenus à la maison... Je me suis détesté au moment où j'ai fini par glisser le billet dans ma poche et ma main dans la sienne. Mes limites venaient d'être explosées et je n'étais plus certain que c'était aussi innocent que je me l'étais laissé croire durant l'été...

juillet 2021 – La nuit était tombé depuis un moment lorsque je finis par me relever, quittant la chambre sur la pointe des pieds. Le calme était toujours agréable tant il était rare. Toute la maison dormait et il n'y avait pas de meilleur moment dans la journée. Je me traînai péniblement jusqu'au frigidaire, attrapant une bière sans trop y faire attention avant de me glisser sous le volet roulant à moitié fermé de la baie vitrée qui menait à l'unique et minuscule balcon de notre appartement. Le vent soufflait un peu mais ça n'était pas dérangeant le moins du monde, il faisait bon malgré tout. L'été s'était installé et refusait de nous quitter, même le soir. Malgré la douceur que nous offrait la météo, la soirée n'avait pas été aussi délicieuse que je l'avais espérée. Ma mère et Patrick s'étaient disputés à mi-voix dans la cuisine au beau milieu du repas, espérant sûrement qu'on ne les entendrait pas, Aoibheann avait posé sur moi ses yeux énormes et brillants de larmes en me suppliant de lui dire qu'ils n'allaient pas divorcer (ce que j'avais fait avec une certitude qui m'avait moi-même étonné) et Shawna ne m'avait pas adressé le moindre mot... C'était sûrement ce dernier point que me dérangeait le plus même si je refusais clairement de l'avouer. Que nous nous toisions en boudant était monnaie courante mais pour une fois, je n'avais strictement rien fait. Nous nous étions vaguement embrouillés parce que je l'avais réveillée en rentrant trop peu discrètement trop tôt à son goût (trop tard d'après ma mère) mais comme je m'étais sagement excusé, elle n'avait pas bataillé davantage et avait filé rejoindre des copines en nous souhaitant à tous, moi compris, une bonne journée. C'était entre son départ et son retour qu'il y avait eu un problème... Un soupir et je portai la bouteille à mes lèvres alors que des pas se faisaient entendre de l'autre côté du volet. Un arrêt, un silence puis la tignasse rousse de la jeune femme se glissa dans le petit espace comme je l'avais fait juste avant. « Hey... » Pas de réponse, seulement son regard clair braqué sur moi. S'il avait pu lancer des éclairs, je serais probablement mort sur le champ. Elle restait là, debout à quelques pas de moi, à laisser passer au fond de ses prunelles toutes les tortures violentes et douloureuses qu'elle me réservait secrètement. « C'est vrai ce qu'on raconte ? » Sa voix était plus blessée qu'en colère, ce qui me perturba davantage. Mon cœur loupa un battement. Je ne savais pas que ma vie était vraiment publique mais vue la petite notoriété que j'avais réussi à obtenir dans les environs de Lucan, je n'avais aucun mal à imaginer de ce dont il s'agissait. Je haussai les épaules et bus une nouvelle gorgée pendant que Shawna se laissait glisser à côté de moi. Elle m'arracha la bouteille des mains et se servit comme si c'était la sienne. « Ça dépend de ce qu'on raconte. » Son regard se fit plus dur. « Que des filles te paient pour... pour... » Sa voix se brisa et elle ne termina jamais sa phrase. Elle n'en avait pas besoin, elle le savait. Je récupérai notre bière sans un mot et en avalai une nouvelle gorgée, les yeux rivés sur l'immeuble d'en face. Mon absence de réponse valait tous les aveux du monde et le couinement qu'elle émit sans le vouloir vraiment me glaça le sang. J'aurais parié qu'elle allait me gifler et disparaître mais elle n'en fit rien. « Mais pourquoi ? » « C'est un job comme un autre. » Son poing s'abattit sur mon épaule sans grande force puis y posa sa tête en reniflant discrètement. Ma main attrapa la sienne avant que nous soupirions à l'unisson. « Elles sont désespérées et on a besoin d'argent, écoute, ça arrange tout le monde. » Ses ongles s'enfoncèrent dans ma chair, me faisant grimacer sans un bruit. Elle renifla de plus belle, comme si elle se retenait de pleurer, et se blottit contre moi. J'aurais préféré qu'elle me reproche de la laisser se débrouiller avec les gamins, de ne jamais la prendre au sérieux ou de piquer son téléphone quand elle avait le dos tourné. N'importe quoi plutôt de voir combien je pouvais la décevoir. « On ? » Je haussai à nouveau les épaules et elle râla à mon geste. « Je partage avec les parents. » Elle se releva brusquement, manquant de faire tomber la bouteille que j'avais posée entre nous deux au passage. « Parce qu'ils sont au courant ?! » Je secouai la tête, presque hystérique, paniqué à l'idée qu'elle aille balancer quoi que ce soit. « Évidemment que non ! Enfin, je crois pas. Officiellement j'ai une vie sociale bien remplie, rien d'autre. Mais ça m'empêche pas de filer un coup de main comme je peux. » Son regard se fit insistant. Elle voulait que je m'explique davantage et, moi, je voulais qu'elle me fiche la paix. « La boîte de lait en poudre en haut du placard de la cuisine ? » Un bruit sourd nous fit sursauter tous les deux, suivi d'un « aïe » qu'on eut aucun mal à attribuer à Jackson. Il s'était visiblement cogné la tête dans le volet et allait arborer une jolie bosse d'ici demain. « Fallait pas lui dire ! Elle va surveiller maintenant ! » Il attrapa la bouteille abandonnée juste avant que Shawna ne lui assène une petite tape derrière le crâne. « C'est quoi cette histoire ? » « Un truc entre Dan et moi, cherche pas. » Le regard de la jeune femme se posa sur moi alors que je levai les mains en signe d'innocence. Elle pointa son doigt dans ma direction comme une arme avant d'appuyer le bout de son ongle manucuré sur mon torse, me menaçant silencieusement d'une véritable guerre si je ne coopérais pas. « Mais... » « Balance ou t'es dans la merde. » Je reculai machinalement alors que Jackson se redressait, soudainement beaucoup plus intéressé par mon secret que par la sécurité du nôtre. « Tu ferais pas ç... » « J'attends. » Le plus jeune poussa légèrement sa sœur pour entrer dans mon champ de vision à son tour. « Qu'est-ce que t'as encore fait, Grincheux ? » Il allait avaler une nouvelle gorgée quand je lui arrachais la bouteille des mains pour le faire à sa place, juste histoire de gagner du temps. Manque de chance, leurs regards ne me lâchaient pas. « Patrick laisse de l'argent dans cette boîte, pour les factures et tout. C'est Jack qui l'a trouvée. » Celui-ci grommela quelque chose que je ne compris pas puis me traita de traître avant de reprendre notre bière comme si je ne la lui avais jamais retirée. « Et ils se rendent compte de rien ? » Je haussai les épaules une fois de plus juste avant que l'adolescent me balance un coup de pied maladroit. « Parce que t'as été balancé que j'me servais ? Mais quel connard ! » Je frottai machinalement mon tibia endolori pendant que Shawna accusait difficilement le coup. « Attends... Tu... tu te sers ? T'es en train de dire que tu voles nos parents, là ? Mais tu te prends pour qui, sérieusement ? Tu crois qu'ils en font pas assez comme ça ?! Tu vas avoir des ennuis toi, c'est moi qui te le dis. File dans ta chambre, on réglera ça demain. » Jackson avait tout d'abord rougi avant de perdre tous les couleurs qu'il avait récupérées. Il avait l'air honteux mais je pense plutôt qu'il regrettait juste de s'être vendu tout seul. « Allez, dégage ! Dans ta chambre, j'viens de te dire. » Il finit par obéir, emportant ma boisson avec lui. Le silence reprit ses droits sur le minuscule balcon. J'étais mal pour lui, mine de rien. Je n'avais jamais eu l'intention de le trahir et j'aurais préféré qu'il évite de le faire également. Même si c'était pas très honnête, cette histoire. « C'est Maman qui s'occupe des comptes, et tu sais comment elle est... Elle se fiche pas mal de savoir d'où ça vient tant que c'est là. » Elle hocha brièvement la tête, perdue dans ses pensées. J'en profitai pour me relever, m'étirant péniblement, et l'enjambai tant bien que mal avant de déposer un baiser sur son front. « Je retourne au lit... Traîne pas trop. » Je n'eus même pas le temps de passer sous le volet roulant qu'elle bougeait à son tour. « Eh... Dan ? » Je me retournai juste à temps pour lui rendre l'étreinte qu'elle m'imposa. « Arrête. S'il te plaît. Tu vaux mieux que ça. » Je ne répondis rien. Ses lèvres se posèrent sur ma joue puis elle passa devant moi et disparut dans le couloir. Je valais mieux que ça, hein ? J'étais loin d'en être véritablement convaincu...

décembre 2021 – Je n'avais pas écouté Shawna. Je n'avais pas arrêté. Pire encore, j'avais fini par sympathiser avec une fille qui en vivait réellement, qui se contentait de se faire entretenir par une poignée de vieux riches prêts à se saigner pour ses beaux yeux (et il fallait bien avouer qu'il n'y avait pas que ses yeux qui l'étaient). Elle avait vingt-cinq ans et une allure de déesse qui faisait se retourner tout le monde sur son passage. Elle prétendait qu'elle n'avait jamais rien fait d'autre dans sa vie, ni études ni travail, et que, depuis presque dix ans maintenant, tout n'était plus que luxe et volupté. Impossible de savoir si c'était vrai, impossible de savoir quoi que ce soit en réalité. Elle était insaisissable. Et je m'en fichais. Je ne voyais en elle ni une amie ni une amante, seulement une sorte de modèle qui me distillait ses conseils avec une fierté (fausse peut-être) qu'elle peinait à cacher. Nous avions mis le cap sur un bar branché de Dublin, un de ceux dont les véritables clients ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Elle m'avait expliqué qu'on la connaissait plus que bien là-bas et qu'il y avait des chances énormes pour qu'on réalise sans le moindre mal que j'étais comme elle rien qu'en nous voyant ensemble. L'étais-je réellement ? Ça n'était sûrement pas très important. Elle était en train de rire à gorge déployée, seulement pour attirer l'attention, lorsque le barman se rapprocha de nous avec un sourire un peu pervers. Lui aussi devait avoir des vues sur elle. Lui comme le reste du monde. Peut-être même que j'aurais pu en faire partie, si la situation avait été différente. Pourtant, ça ne fut pas d'elle qu'il s'approcha mais de moi, déposant sur le comptoir une coupe de champagne. Personne ne m'avait demandé ma carte d'identité et je croisais très fort les doigts pour que personne ne me la demande. Je n'avais que dix-sept ans et vivais déjà ma vie comme un grand. « De la part de la demoiselle, juste en face. » Intrigué, je relevais les yeux. La demoiselle en question m'adressa un signe timide de la main, comme une gamine qui croiserait le regard de son amoureux pour la première fois. C'était particulièrement troublant. Désagréable. Prometteur... Ses amies gloussèrent alors que je levais mon verre pour la saluer, la faisant rougir sans le vouloir. C'était tellement étrange de voir cette femme (qui aurait pu être ma mère, sans le moindre doute !) agir comme une adolescente. S'en suivit tout un jeu de regards aussi enjôleurs qu'entendus. Je ne savais pas encore ce que ça allait me rapporter mais je n'avais aucun mal à comprendre que ma nuit se passerait loin de Lucan. Son cadeau ne fit pas long feu, pas plus que la compagnie de ma voisine. Un homme était passé derrière elle, lui avait distraitement caressé la hanche et ça avait suffit pour la faire se lever, me dire au revoir en quatrième vitesse avant de le suivre. Je me retrouvai là, au beau milieu d'un bar douteux, dévoré des yeux par une quarantenaire en manque. L'espace d'une seconde, j'ai amèrement regretté cette histoire. Toute cette histoire... D'avoir accepté de jouer les escorts boys rien qu'une fois, d'avoir recommencé, d'avoir accepté de coucher rien qu'un soir, d'avoir recommencé, d'avoir rencontré cette fille, de l'avoir suivie et d'être à deux doigts d'oublier que je m'étais promis de m'en tenir aux filles de mon âge qui se servaient de moi pour avoir l'impression de se rebeller contre des parents trop stricts... Pourtant lorsque son regard croisa le mien une fois de plus avant de me désigner la sortie avec une hésitation exagérée, il n'y avait plus doutes ni regrets. Après tout, je n'étais pas là pour rien... Je passai la porte sans un regard en arrière, convaincu qu'elle me suivrait après avoir pris congé du club du troisième âge qui l'accompagnait. Ça ne loupa pas. Sa main se posa sur mon épaule alors que j'attendais, adossé au mur de l'établissement, le vent glacial de cette fin d'année me cinglant le visage comme ma mère aurait sûrement voulu le gifler si elle avait su ce que son fils aîné faisait au lieu d'être, comme il l'avait dit, à l'anniversaire d'un camarade de classe... « Tu attends quelqu'un, on dirait... » Sa voix était exagérément douce, presque mieilleuse. « Toi, ma belle. » Elle gloussa, ses longs doigts fins glissant comme une araignée dans sa chevelure faussement blonde. « Je t'en prie, appelle-moi Helen ! » Je lui rendis son sourire et baisai respectueusement sa main. Elle rougit de plus belle et s'agrippa à mon bras avant de m'entraîner dans la rue. Sa voiture était garée quelques pas plus loin et je m'installai sur le siège passager comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. La portière claqua et je laissai sur le trottoir ce qu'il pouvait me rester encore d'estime pour l'ado stupide dont la vitre impeccable me renvoyait l'image...




Dernière édition par A. Jesse McDermott le Lun 20 Juin - 12:11, édité 1 fois
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Arrivé(e) le : 03/06/2015
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 12:01


Mon père, Cillian

Autant le dire, trouver des informations vraies sur mon père, Cillian, n'a pas été de tout repos. Il avait caché son sang sorcier à ma mère, si bien qu'elle ne m'a pas été d'une très grande aide. Je suis pas sûr qu'elle m'aurait vraiment filé un coup de main de toute façon. J'ai donc eu deux versions totalement différentes de son histoire et de sa vie. D'après ma mère, il avait passé son enfance à l'orphelinat, ses parents l'ayant abandonné quelques mois après sa naissance, il n'avait jamais réussi à obtenir le moindre diplôme mais avait dégoté un job de chauffeur de bus. Il passait donc, soi-disant, ses journées à sillonner les routes du coin pour un salaire incroyable dont elle n'a visiblement jamais pris la peine de s'inquiéter. Vous auriez trouvé ça normal, vous, qu'un chauffeur de bus puisse vous faire avoir un train de vie de star ou presque ? Bah elle oui... C'est à peu près tout ce qu'elle savait de son passé et de la vie qu'il menait hors de la maison. Ça ne fait pas bien lourd, je suis parfaitement d'accord...

Heureusement, une fois arrivé à Poudlard, les choses ont commencé à changer et l'image que j'avais de mon père s'est étoffée. Alors oui, Cillian O'Callaghan était un sorcier et pire encore, un sorcier issu d'une famille au sang prétendu pur. J'ai appris par la suite qu'il ne l'était pas tant que ça, mais c'est une autre histoire... Sans surprise, il a fait sa scolarité à Poudlard et a été réparti à Serpentard. De ce que j'ai cru comprendre, c'était un élève correct, il n'était pas l'élève le plus brillant de sa promotion mais il se maintenait dans la moyenne sans trop de mal, et puis ça n'était pas très grave parce qu'il excellait dans un autre domaine : le Quidditch. J'ai réussi à trouver quelques anciennes interviews dans lesquelles il parlait de son parcours sportif lorsqu'il était encore à l'école... Batteur de sa maison dès sa deuxième année, il disait survoler littéralement les matchs et je crois que je n'aurais pas aimé faire partie de ses adversaires. La pitié n'a vraisemblablement jamais existé dans son jeu, pas plus que la culpabilité d'ailleurs ! Il a gardé son poste tout au long de sa scolarité et il a plaisanté plusieurs fois en prétendant qu'il n'avait jamais pris la peine de compter le nombre de lits à l'infirmerie qui avaient été occupés par sa faute mais qu'il était de toute façon pas certain de savoir compter aussi loin. Vous voyez le genre ? Finalement, il a eu des notes tout juste potables à ses ASPICs, de celles qui suffisent pas à avoir un vrai travail techniquement, mais comme il était vraiment doué sur un balai, il n'a pas eu besoin d'autres choses que de son O en Vol pour obtenir une place parmi les Chauves-souris de Ballycastle. J'ai vu beaucoup de photos de lui à cette époque-là et, sans mentir, il en imposait mon père !

Il a rencontré ma mère un peu par hasard de ce qu'elle m'en a raconté. Elle venait de sortir du lycée et riait avec des copines lorsqu'elle a loupé un trottoir et a atterri dans les bras d'un « bel homme » : mon père. Pour n'importe qui de normalement constitué, ça se serait arrêté là mais pas pour eux. Ils sont retournés plusieurs fois dans cette rue-là dans l'espoir de se croiser à nouveau et au bout de trois semaines, ça a fini par se produire et il l'a invitée à boire un verre dans un pub pas loin. Elle a toujours parlé de coup de foudre. J'imagine que s'il lui a menti, c'était pour la protéger et éviter de la faire fuir. C'était sûrement plus simple de dire qu'il était orphelin que de lui expliquer qu'il venait d'une famille de sorciers qui auraient sûrement essayé de la découper en morceaux dans son sommeil pour avoir osé croiser son chemin. Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de lui, moi, en revanche, mais je garde l'impression du meilleur père du monde. Oui, c'est ça, il a toujours été un père adorable... Je n'ai jamais manqué de rien, ni cadeaux ni câlin, je me faisais engueuler quand il le fallait et il était le premier à me féliciter quand je faisais quelque chose de bien, il veillait vraiment sur moi. Je me rappelle des heures passées dans l'allée devant chez nous, à essayer de me faire tenir sur mon vélo « de grand » sans les petites roues, de ses yeux brillants quand je suis revenu de l'école en étant capable de lire un petit texte et des histoires de magie qu'il inventait (il les inventait pas tant que ça en réalité) pour m'endormir le soir...

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et la vie de Cillian en a eu une aussi... J'avais six ans et mon monde s'est effondré. Ma mère m'a dit qu'il était mort dans un accident de voiture et j'imagine que c'est vraiment ce qu'elle croyait. En réalité, il a perdu le contrôle de son balai lors d'un voyage entre l'Irlande et la Grande-Bretagne et ne s'en est pas sorti. C'était brutal et même encore aujourd'hui, j'ai du mal à accepter totalement la réalité. Je ne compte plus les fois où je me réveille en pleine nuit en l'entendant m'appeler, c'est bizarre parce que je suis pas capable de me souvenir de sa voix pour de vrai... Enfin, c'est la vie.


Ma mère, Norah

Ma mère, Norah, est une moldue tout ce qu'il y a de plus moldue au monde. Elle a grandi dans la banlieue de Ballycastle, auprès de parents merveilleux qui l'ont toujours traitée en véritable petite princesse. De ce qu'ils m'ont raconté, elle n'aimait pas beaucoup l'école et il fallait toujours la pousser pour qu'elle se lève le matin ou qu'elle fasse ses devoirs, ses bulletins étaient une catastrophe et elle passait toujours de justesse, parce qu'elle se réveillait comme par miracle au dernier trimestre. Par contre, quand il s'agissait de sortir, il y avait toujours du monde ! Il lui est arrivé souvent de faire le mur pour sortir avec des copines, fréquentant toutes les soirées qui étaient à sa portée, rentrant au beau milieu de la nuit, parfois dans des états lamentables... Non, il n'y a pas à dire, je crois qu'elle a vraiment mené la vie dure à mes grands-parents ! Mais ils n'ont pas l'air de lui en tenir rigueur et en parlent toujours avec un sourire un peu nostalgique. Ils ont l'air de regretter qu'elle ait grandi. Ou grandi trop vite, en tout cas... Parce qu'il faut reconnaître que je suis arrivé très tôt. Lorsqu'elle a rencontré mon père, Norah avait dix-sept ans. Quelques mois plus tard, elle annonçait sans prévenir qu'elle était enceinte et qu'elle partait vivre avec l'homme de sa vie. Un choc pour tout le monde, bien sûr ! Ils l'ont forcée à rester chez eux jusqu'à ce qu'elle ait atteint sa majorité, beaucoup de cris et de larmes d'après ma grand-mère, mais elle n'a pas attendu un jour de plus pour s'enfuir.

Je crois qu'elle a toujours été sincèrement amoureuse de mon père, vous savez. Il n'y a qu'à voir les étoiles qu'elle a encore dans les yeux quand elle en parle... Comme je vous le disais juste avant, pour elle, c'était véritable un coup de foudre, c'était son premier amour et j'imagine qu'elle pensait vraiment qu'il était « l'homme de sa vie ». C'était encore une enfant et de voir qu'un homme comme lui (ils avaient un peu moins de dix ans d'écart) s'intéressait à elle devait combler absolument toutes ses espérances. Elle ne s'est jamais posée la moindre question, visiblement. Elle se contentait de profiter du luxe qu'il lui offrait sans se demander comme il pouvait le lui offrir avec son salaire de chauffeur de bus, elle n'a sûrement jamais remarqué les différences de culture qu'il devait y avoir entre eux, à moins qu'il soit incollable sur le monde moldu ce à quoi je ne crois pas trop... Je sais pas, c'est un peu étrange. Ça fait très scénario bas de gamme d'un film romantique à petit budget, non ? Genre la gamine aveuglée par l'amour qui n'est pas capable de se rendre compte qu'on se fout clairement d'elle depuis le début et qu'on lui ment sur toute la ligne... Ou alors elle ne voulait juste pas le voir ? Franchement, j'en ai pas la moindre idée et je le saurai sûrement jamais. En tout cas, sa mort a été un drame sans nom. Elle a eu beaucoup de mal à s'en remettre, tellement même qu'on a été obligés de s'installer chez mes grands-parents pendant quelques temps. Elle n'était plus capable de rien, ni de s'occuper de moi, ni de s'occuper d'elle, elle passait son temps à pleurer, elle refusait de quitter sa chambre... Je lui en ai voulu pendant longtemps, en plus d'avoir perdu mon père, j'étais en train de perdre ma mère. Mais avec le temps, ça a fini par passer et je comprends. Enfin, elle a fini par sortir la tête de l'eau et c'est le principal !

L'héritage qu'elle a touché de mon père n'était pas aussi important qu'elle pouvait l'espérer, et comme elle ne travaillait pas, il ne lui a pas fallu longtemps pour le faire disparaître totalement. Elle n'a jamais travaillé, ma mère... Je l'ai connue être « femme de mon père » même s'ils n'étaient pas mariés, puis « femme de mon beau-père » (ils se sont mariés cette fois), et enfin « mère au foyer ». Son CV doit être vide de chez vide et ça n'a jamais paru la déranger. Faute de trouver un job, elle a réussi à trouver un homme pour l'entretenir. Enfin, « entretenir » est un bien grand mot, si vous voulez tout savoir ! J'avais sept ans et je n'ai pas compris pourquoi elle voulait à tout prix que j'ai un nouveau papa alors que j'aimais toujours le mien même s'il me manquait affreusement. Elle est sortie avec quelques semaines, me l'a fait rencontrer deux ou trois fois et nous quittions Ballycastle et ses parents pour nous perdre à Lucan, dans un appartement pourri que je déteste particulièrement, histoire de rejoindre un gars que je n'aime pas davantage. C'est à partir de là que notre relation a commencé à se détériorer. Elle me reprochait de ne pas faire d'efforts et de vouloir tout foutre par terre (ce qui était vrai) et je lui reprochais de remplacer mon père et de me préférer son nouveau compagnon (ce qui était vrai aussi d'ailleurs). Si vous rajoutez mes premiers signes de magie et l'impression que j'étais clairement un monstre, ou au moins possédé, le fils du diable, un truc comme ça, vous pouvez vous imaginer le tableau. Entre ma mère et moi, c'était une guerre ouverte. Je pleurais, elle criait, je boudais, elle criait, je cassais tout dans ma chambre, elle criait, j'appelais mes grands-parents en douce pour qu'ils viennent me chercher, elle criait en l'apprenant... La joie.

Les choses ne se sont pas arrangées avec le temps, malheureusement. On s'éloignait et elle tombait enceinte tous les neuf mois ou presque. Plein de mioches se sont mis entre nous, alors c'était difficile de renouer quoi que ce soit. Et puis j'ai fini par recevoir ma lettre de Poudlard et ce fut la fin de tout. J'ai appris un peu par hasard que mon père n'était pas personne, je lui en ai parlé en rentrant et j'ai cru que la terre s'était arrêtée de tourner. Pour elle, je suis le seul et unique responsable de tout ça. Parce que j'ai hérité des pouvoirs de Cillian, parce que j'ai voulu en apprendre davantage, parce que j'ai réussi à ternir l'image qu'elle en avait, parce que « tout est toujours de ma faute » de toute façon... Je crois qu'elle m'en veut vraiment alors qu'elle ne lui en veut pas du tout à lui, en revanche. C'est lui qui lui a menti, pas moi ! Enfin... On arrive quand même à avoir des moments agréables, tous les deux. C'est idiot mais j'ai pris l'habitude de lui filer un coup de main pour étendre le linge quand je rentre pour les vacances (c'est le seul moment où il n'y a pas un microbe pour lui chouiner dans les jupes ; la peur d'être de corvée, probablement) et elle reprend naturellement son rôle de mère. Même si elle ne comprend pas trop ce que je fais le plus clair de l'année, elle s'intéresse à mes amis, à ma vie à Poudlard en général, à ce que je compte faire pendant l'été... Mais lui parlez pas de magie, malheureux, ou alors elle me plante là avec le linge mouillé dans les bras et m'adresse plus un mot avant la prochaine lessive ! Et puis vous devriez voir le regard qu'elle pose sur moi dans ces moments-là. J'ai l'impression d'être le roi du monde. Je sais que je ressemble énormément à mon père et que c'est lui qu'elle voit quand elle me regarde mais c'est toujours plaisant d'avoir l'impression d'être la seule personne qui compte pour sa mère, non ?


Mon beau-père, Patrick

Patrick, puisque c'est comme ça qu'il s'appelle, a rencontré ma mère sur Internet. Un site de rencontre minable à l'inscription gratuite qui promettait finalement plus de plans cul que de grands amours. Et pourtant... J'aurais vraiment aimé prétendre qu'ils ne s'aiment pas, que c'est juste pour ne pas être célibataires mais il faut bien reconnaître qu'avec tout ce qu'ils ont traversé, ils se seraient séparés depuis longtemps. Et Dieu sait à quel point j'ai prié pour que ça arrive un jour ! Enfin... Toujours est-il que son profil promettait une grande famille et des bons petits plats, ce à quoi il s'est tenu. C'est pas une publicité mensongère, ce gars-là, c'est toujours ça ! Ça aurait été cool s'il était le descendant d'ancêtres incroyables, avec un métier de dingue et de quoi en mettre plein la vue aux filles rien qu'en prononçant son nom, mais il faut bien avouer que c'est loin d'être le cas. Si ma mère avait su viser haut sans le savoir avec mon père, là, elle joue au ras des pâquerettes. Fils d'ouvriers, ayant grandi dans les quartiers populaires de Lucan, il a réussi néanmoins à grimper les échelons pour se retrouver à la tête du supermarché qu'il y a à côté de chez nous. Ouais, responsable de magasin, ça en jette, hein...? Dans le fond, c'est un job comme un autre, d'accord, et il gagne même plutôt bien sa vie, mais avant de faire des mômes à la chaîne, on s'arrange pour avoir une augmentation, si vous voulez mon avis, parce qu'avec huit gamins à la maison, ça fait vite juste. Vous avez bien lu. Huit. Vous commencez à voir le problème ? Enfin, on reviendra là-dessus après.

Après, il faut être honnête, Patrick est sûrement le beau-père idéal, celui dont tout le monde rêve. Tout le monde sauf moi. Il n'a jamais fait la moindre différence entre ces propres mioches et moi, a toujours fait en sorte que je me sente à ma place dans cette immense famille (ce qui a toujours été un échec), il a tenté de prendre le rôle d'un père en fait. Un rôle qui ne lui appartenait pas, ce que je me suis toujours fait un devoir de lui rappeler. Il faut bien reconnaître que je lui en ai fait voir de toutes les couleurs, et je continue encore tant que possible dans l'espoir un peu irréaliste qu'il finisse enfin par me foutre la paix, pourtant il est toujours présent, il prend toujours mes patins quand ma mère me tient pour responsable de trucs qui me dépassent totalement et essaye encore vainement de tisser de vrais liens entre nous. Il me fait un peu de peine, parfois, c'est vrai. Le voir galérer en sachant très bien que ça sert à rien, avoir l'impression qu'il est vraiment triste quand je l'envoie sur les roses ou quand je lui rappelle qu'il n'est pas mon père, c'est bizarre. Je me demande parfois si je suis pas le môme le plus indigne de l'univers tout entier, avant de me souvenir que j'ai finalement rien demandé à personne et que, tout ça, on me l'a imposé sans savoir si j'en avais envie. A eux d'en assumer les conséquences, non ? D'accord, j'exagère un peu... Mais je fais des efforts, parfois, je vous assure. Les jours où je rentre, par exemple. C'est lui qui vient me chercher à King's Cross, et il a toujours un sourire rayonnant comme si c'était le meilleur moment de sa semaine, alors j'ai pas le courage de ruiner ça et je joue les fils modèles l'espace de quelques heures, le temps qu'on rentre. Je peux vous le dire, à vous, ça fait un bien fou d'avoir un père rien que deux jours par an...

D'ailleurs, qu'il vienne me chercher à King's Cross n'est pas un hasard. Apprendre que j'étais un sorcier lui a fait un choc, c'est vrai, mais dans le bon sens. Il a refusé de m'approcher pendant trois jours avant de se faire à l'idée, j'avoue, mais après ça il n'a plus jamais eu l'air dérangé par ce « détail ». Bien au contraire. C'est toujours le premier à me faire subir un interrogatoire sur le trajet du retour, il veut tout savoir. Ce que je fais en cours, comment les gens se comportent, s'il y a des vraies différences entre la vie moldue et la vie sorcière... Vous auriez dû voir sa tête le jour où je lui ai rapporté des photos sorcières ! Il a essayé de faire entendre raison à ma mère sur ce point, de lui expliquer que je n'y étais pour rien et que ça n'était finalement pas un mal, mais je crois qu'elle ne s'y fera jamais. C'est probablement pas tant ma condition qui la dérange, en réalité, c'est plus le fait que tout ça lui renvoie la trahison de mon père. Enfin, ma mère, c'est pas le sujet. Ce que je veux dire c'est que c'est un peu ça, Patrick, en réalité. Toujours prêt à tout accepter pour que sa progéniture s'épanouisse au mieux, toujours à se tuer à la tâche pour pouvoir les élever comme il faut, sans jamais râler parce que ça n'est pas à eux de payer les conséquences d'une vie un peu pourrie... La présence paternelle que le monde entier devrait m'envier, je vous le dis. Si seulement j'en faisais le même portrait à tout le monde... Et qu'on se le dise, c'est loin d'être le cas.


Ma fratrie à rallonge

Alors là... C'est le vrai problème de mon existence. Je vais pas rentrer tout de suite dans les détails, bien sûr, mais en gros, j'ai été fils unique pendant un peu plus de sept ans, le centre du monde qu'il s'agisse de mes grands-parents ou de mes parents. Il y avait moi et rien d'autre. Juste moi... Et du jour au lendemain, on m'impose trois gamins que je ne connais pas, avant d'en pondre quatre autres dans la foulée comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Vous l'auriez bien vécu, vous ? Et puis, faut bien avouer qu'ils ont un avantage que je n'ai pas : le nombre. Ils ont des vrais frères et sœurs, eux, moi j'en ai juste des demis... Des demi-frères, des demi-soeurs, un demi-père... Je trouve que ça fait bien trop peu de choses entières, si vous voulez mon avis... Bon, maintenant que vous voyez un peu le tableau, on va faire les présentations. Ô joie !

Tout d'abord, il y a Shawna. Mon « aînée » comme aime le dire tout le monde. En réalité, elle et ses frères, ils sont personne pour moi, juste les enfants de Patrick. Donc, je disais... Shawna a un peu moins d'un an de plus que moi et le courage de me supporter. Il faut dire qu'ils ont tout fait pour qu'on soit proches, pour qu'on s'aime bien. Et je crois qu'ils ont réussi à moitié : elle semble bien m'aimer. Ok, ok, je l'aime un peu bien aussi, de temps en temps. C'est un peu la mère poule de la famille, toujours prête à câliner tout le monde, à aider tout le monde, à filer un coup de main à ma mère pour tout et n'importe quoi... Et sans délaisser ses études, s'il vous plaît ! Elle est entrée à l'Université, elle veut être professeur d'arts plastiques. Elle en a les capacités, évidemment, mais je fais ce que je peux pour qu'elle pense le contraire. Parfois, j'ai presque l'impression que ça marche ! Entre elle et moi, ça a toujours été explosif. Je crois qu'il n'y a pas une journée sans qu'on finisse par s'engueuler. Généralement pour rien d'ailleurs. Mais à côté de ça, c'est sûrement ce qui se rapproche le plus d'une sœur. On se retrouve souvent sur le minuscule balcon de l'appartement l'été, une fois que toute la maison dort, pour rêvasser l'avenir qu'on aura un jour. Le calme, à la maison, c'est rare et on fait ce qu'on peut pour en profiter. C'est avec elle que mes pouvoirs se sont déclarés pour la première fois, d'ailleurs. Ça  nous a traumatisé autant l'un que l'autre. J'avais huit ans et on a pas du tout compris ce qui nous arrivait. Et personne ne nous a cru, surtout. Allez expliquer à des moldus que le papillon dans le bocal s'est transformé comme par magie en araignée...

Puis arrive Jackson, trois ans plus jeune que moi. Je l'ai toujours eu dans les pattes jusqu'à ce que je rentre à Poudlard. Il passait son temps à m'imiter, à dire à qui voulait l'entendre qu'il me ressemblerait plus tard... C'était vraiment l'horreur ! Visiblement, il était « content d'avoir un grand frère parce que les filles c'est nul » sauf que j'ai jamais été son grand frère et que j'ai toujours essayé de lui faire comprendre. Ce qui fut un échec lamentable. Toujours le premier à m'accueillir quand je reviens avec son habituel « Grincheux est de retour » et son air d'abruti heureux... Ils ont un problème dans cette famille, c'est moi qui vous le dit ! On partage notre chambre depuis qu'on a déménagé chez eux et il a jamais eu l'air de m'en vouloir d'empiéter sur son territoire. Même encore aujourd'hui, il s'accroche souvent à la barrière de mon lit pour venir me raconter sa vie. Les filles, les compétitions de basket, les filles, l'impression que les parents comprennent rien, les filles... Ouais, c'est un peu répétitif, on est d'accord. Mais bon, à quatorze ans ou presque, on peut pas lui en demander beaucoup plus... C'est le genre de môme qui se met toujours dans des situations pas possibles mais sans le vouloir vraiment. Il a dû se casser tous les os du corps, et même en inventer d'autres juste pour pouvoir les casser aussi. Les parents en ont passé des heures à l'hôpital à cause de lui et on suppose qu'il y en aura encore beaucoup beaucoup beaucoup d'autres !

Brady, c'est le petit dernier des enfants de Patrick. On a six ans de différence et je l'ai toujours vu comme un insupportable pleurnichard. On peut jamais rien lui dire sans qu'il aille chouiner dans les bras de ma mère comme quoi on est méchants, que c'est pas juste et qu'il nous aime pas. Si seulement il savait à quel point c'est réciproque ! Si je reconnais volontiers que j'apprécie à peu près les deux plus grands (à peu près, hein, n'allez pas non plus vous faire des idées), lui c'est juste pas possible. Manque de chance, pas la peine d'espérer m'en débarrasser, parce qu'il dort juste en dessous de moi depuis bien trop longtemps maintenant. Je compte plus le nombre de fois où il s'est réveillé en pleine nuit, braillant comme si c'était la fin du monde, parce qu'il avait fait un cauchemar ou qu'il était persuadé qu'il y avait un monstre sous son lit. Et on le laissait brailler en avouant quand même que s'il continuait, le monstre se ferait un malin plaisir de venir le bouffer. Oui, « on », parce que Jackson n'a jamais été le dernier pour m'accompagner là-dedans, au grand dam de leur père. Il paraît que j'ai une mauvaise influence, parfois... Enfin, qu'importe. Aujourd'hui, Brady a onze ans et se comporte comme une véritable balance.  N'espérez pas faire le mur ou ramener une copine à la maison s'il est dans les parages, vous pouvez être sûrs que les parents seront au courant en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Il mérite des baffes, ce morveux.

Maintenant, on commence à parler de gens qui ont un vrai lien avec moi, puisque ce sont les enfants de ma mère. Mais n'allez pas croire que j'en suis plus proche pour autant, il n'y a rien de plus faux au monde... Enfin, vous comprendrez sûrement que je vais passer plus vite sur eux, parce que je les connais pas vraiment. Je suis parti à Poudlard peu après leur naissance ou bien j'y étais déjà quand ils sont arrivés donc c'est pas en les voyant deux mois par an que je vais trouver de quoi vous raconter à leur sujet.

A peine a-t-on eu le temps de nous installer vraiment à Lucan que ma mère nous apprenait qu'elle était enceinte de Gallchobhar. Oui, les prénoms pourris doivent venir d'elle... Donc Gally, comme on l'appelle couramment, est le premier de mes demi-frères et sœurs. Le premier avec à peine moins de neuf ans d'écart tout de même. C'est pas un mauvais gamin, rien à voir avec Brady. Il est calme, discret, toujours un peu à l'écart. Parfois, on oublie même son existence et ça n'a pas l'air de le déranger plus que ça. De ce que j'ai cru comprendre, c'est pareil à l'école. Il est complètement invisible, il a pas ou peu d'amis, passe le plus clair de son temps à regarder les autres jouer à la récréation sans se mêler au groupe. Il est censé voir un psy, à la rentrée, sur conseil de sa maîtresse. Je suppose que ça servira à rien mais après tout, ils peuvent toujours essayer. L'année d'après naissait Aoibheann, ou Sourire d'Enfer. Cette gamine, elle a vraiment pas été gâtée par la nature ! Elle a des yeux énormes, des dents à faire peur (pire encore depuis qu'elle a un appareil dentaire), une voix de crécelle et en plus elle zozote ! Sérieusement, ils l'ont complètement foiré celle-là. Mais ils ont bien fait de la faire, c'est drôle de la charrier, mine de rien ! Quelques semaines après ma première rentrée à Poudlard, j'ai reçu une lettre de Patrick m'annonçant avec une fierté ridicule que ma mère était encore enceinte. Quand je suis rentré pour l'été, elle ressemblait à une baleine et nous offrait peu de temps après le bonheur (ironie, quand tu nous tiens) de compter une nouvelle bouille dans la famille. Maolsheachlann. Non, ma mère ne nous aime vraiment pas. C'est le dernier petit gars, enfin pour l'instant en tout cas, et du coup mon dernier colocataire. Cinq dans une chambre, ça fait beaucoup, mais on arrive à tenir. Difficilement certes, et il faut souvent éviter les tentatives de meurtres. Franchement, j'ai rien à dire sur lui. Il a cinq ans, je l'ai vu douze mois dans sa vie, on se parle pas, je le garde quand j'ai pas le choix... Voilà. Et enfin, Ciara, le bébé de la fratrie. Deux ans à peine et déjà chiante comme pas permis. Des caprices à tout va, des crises de larmes, des coups pour bien montrer qu'elle n'est pas contente... Si moi je suis Grincheux, elle, c'est clairement la Vilaine Sorcière ! A côté de ça, c'est vraiment une môme magnifique, rien à voir avec sa sœur ! Tout le monde est là « Oh, qu'elle est jolie ! » et dès qu'elle commence à faire sa mauvaise tête, ça lance à ma mère des regards désapprobateurs genre « faudrait l'élever, cette gamine ». Avec huit enfants, vous vous doutez bien qu'elle fait ce qu'elle peut. Même si elle peut pas beaucoup...


Mes premiers pas à Poudlard

Les portes du compartiment se refermèrent sur la foule de parents qui se pressait sur le quai. Parmi tous ces visages inconnus dont la plupart était baignée de larmes de joie, celui de Patrick me fixait avec de grands yeux attristés et un sourire encourageant. Il était le seul à m'avoir accompagné jusqu'à Londres. Ma mère avait déclaré que les enfants ne pouvaient pas louper leur propre rentrée, ce qui n'était pas forcément faux. Pourtant, même si je ne disais rien, j'aurais aimé qu'ils soient là. Que ma mère me serre contre son cœur juste avant que le sifflet ne m'impose de grimper dans le wagon, que Shawna affiche un sourire ridiculement détaché alors que son regard m'aurait imploré de rester avec elle ou que Jackson claironne à tout va qu'il me rejoindrait bien vite. Mais non, il n'y avait rien de tout cela. Juste une absence dérangeante et un beau-père qui, pour la première fois, prenait un peu la place du vrai dans ma vie. Il leva le pouce alors que son sourire s'agrandissait et je me forçai à répondre à son geste sans grand entrain. Est-ce que j'étais content d'aller dans cette école dont je ne savais rien ? Probablement... Je crois que je n'en étais pas sûr, en réalité. Un mélange d'excitation et d'appréhension avait pris possession de moi quelques jours plutôt et refusait de m'abandonner. J'avais peur. Peur de ce qui m'attendait dans les hauteurs écossaises, peur de ne pas avoir les épaules assez larges pour supporter tout ce que ce changement allait m'obliger à supporter. Je ne connaissais rien à la magie, rien au collège, rien à tous ces élèves qui se bousculaient dans ce maudit train... C'était une impression étrange que celle d'être arraché aux siens pour commencer une vie qui ne nous appartenait pas encore. Et pourtant, je suivis le mouvement des autres enfants, tirant avec peine ma valise derrière moi. Des chats miaulaient, des rats couinaient, des hiboux hululaient... C'était un joyeux brouhaha, un de ceux auxquels je n'étais pas habitué. Ce fut après une marche lente et bancale au travers de l'unique couloir que je réussis enfin à trouver une place de libre. Les compartiments s'étaient succédé, tous plein de gamins souriants et heureux de se retrouver, me forçant à réaliser que j'étais affreusement seul. Ca n'était pas quelque chose de courant, chez moi. J'avais beau prétendre à tout va que c'était ce que je voulais, qu'il n'y avait rien que je souhaitais davantage qu'être tranquille, j'appréciais le monde grouillant autour de moi et l'insupportable troupeau que m'avait imposé le destin. Là... Il n'y avait plus ni l'un ni l'autre. Rien que des inconnus à perte de vue, effrayant le môme que j'étais alors. J'avais pas encore douze ans et devais recommencé à zéro pour la troisième fois de mon existence.

J'ouvris la porte, non sans une certaine hésitation qui ne me ressemblait pas vraiment. J'étais celui qui faisait comme chez lui sans qu'on l'y ait invité, celui qui s'imposait sans gêne partout où il passait... Mais c'était trop me demander pour l'instant. J'étais en terre inconnue, probablement en terrain hostile. La prudence était de mise sans que je ne parvienne à savoir pourquoi. Le bruit du dehors qui s'était engouffré, à mon geste, dans l'habitacle suffit à faire tourner toutes les têtes qui s'offraient à ma vue. Deux filles et un garçon me fixaient sans que je ne parvienne réellement à déchiffrer leur expression. Ils devaient avoir treize ou quatorze ans et déjà cet air supérieur de l'être blasé qui connaissait la vie par cœur. « Je peux...? C'est qu'y'a pas de place ailleurs alors... » Je détestai cette petite voix intimidée au moment même où elle passait mes lèvres. Quoi de plus idiot que de donner l'impression d'être en position de faiblesse ? Pourtant, personne ne sembla m'en tenir rigueur. L'adolescent retira son sac du siège de libre à côté du sien et m'adressa un sourire amical. J'aurais été bien incapable de dire s'il était sincère ou non. « Ouais, bien sûr, installe-toi. » Je le remerciai d'un sourire mal à l'aise et me laissai aider sans broncher lorsqu'il fallut mettre ma valise dans les filets suspendus. Mes nouveaux camarades reprirent leur conversation sans plus se soucier de moi dès que je fus assis sur le siège. Ce qui paraissait les préoccuper, c'était le choix des options qu'ils allaient avoir à faire le lendemain. La divination était une blague à moins d'avoir le troisième œil mais ça n'était pas leur cas, l'étude des moldus les tiendrait éloignés des Serpentard mais ça n'était pas forcément une matière intéressante, quant à l'étude des runes et à l'arithmancie, c'était des trucs pour intello dont ils n'avaient pas envie de s'encombrer... J'étais là, bien présent, à moitié caché derrière la bande-dessinée que j'avais sortie de mon sac, écoutant leur conversation sans y avoir eu leur permission... Et je ne comprenais rien. Pas un traître mot de ce qu'ils racontaient. Je savais vaguement ce qu'était un « moldu » puisque le représentant du Ministère qui était venu nous expliquer la situation après la réception de ma lettre nous en avait touché deux mots, mais c'était bien tout. « Serpentard » ne me disait rien, pas plus que les runes ou l'arithmancie... Je n'étais pas encore arrivé que je commençais déjà à regretter de m'être embarqué dans cette histoire insensée.

Des paysages monotones, peints de verts et de bleus assombris par la nuit qui tombait et les imposants nuages qui annonçaient la pluie, défilaient devant mes yeux somnolants. Le trajet durait plus longtemps que je m'y attendais et l'enchaînement de choses étranges depuis le début de ma journée me rendait impatient d'en finir. Je voulais enfin savoir ce que serait ma vie à Poudlard. Savoir où j'allais vivre, avec qui... Les jeunes sorciers qui partageaient mon compartiment n'avaient pas daigné m'éclairer de leur plein gré et je n'avais pas osé le leur demander. Finalement, ils se levèrent lentement, étirant leurs muscles endormis. Je les regardais faire, reprenant peu à peu contact avec la réalité, mais ne trouvai pas utile de bouger à mon tour. Nous n'étions pas encore arrivés. Le train ne ralentissait même pas alors qu'il fendait la campagne dans un cahotement régulier. « Dehors. » L'une des deux filles se tenait devant moi, le doigt pointé sur la porte. Je ne comprenais pas. « Mick y va aussi. Le temps qu'on se change. Allez, dehors. » Ledit Mick me mit une petite tape sur l'épaule avant d'empêcher la fermeture du compartiment le temps que je sorte également. « Elles se changent ? Pourquoi faire ? Elles peuvent pas le faire à l'école ? » Le regard de l'adolescent se perdait dans la contemplation absente de la vitre qui nous faisait face, offrant à notre vue (comme celle qu'il y avait à l'intérieur) les mêmes images répétitives. Il n'y avait rien d'assez intéressant pour me passionner comme c'était son cas. « L'uniforme. » lâcha-t-il d'une voix lointaine. « Se changera après. Nous aussi. » Je trouvais ça vraiment bizarre d'avoir à nous changer dans le train alors que nous étions sur le chemin du collège. Certes il se ferait tard au moment où nous en passerions les portes mais tout de même... J'ouvris la bouche pour l'interroger davantage mais il ne m'en laissa pas le temps, attirant vers lui, juste devant l'endroit où se découpaient dans le paysage insignifiant les silhouettes à moitié dévêtues de nos deux camarades. « Tais-toi et admire. » Je ne pris pas la peine de le contredire et m'abandonnai à mon tour à sa rêverie.

A peine eut-on le temps d'enfiler nos uniformes à notre tour que le train ralentissait progressivement. C'était étrange de voir les doublures jaunes et rouges de leurs capes de sorcier alors que la mienne restait intégralement noire. Le garçon avait eu un sourire presque fraternel  lorsque j'avais attaché ma cravate unie avant de me glisser, la tête coincée dans son pull, qu'il fallait à tout prix que j'évite de mettre les pieds à Serpentard.  La gare de Pré-au-Lard se dessina enfin et les wagons s'arrêtèrent dans un ultime cahot. Tous descendirent en abandonnant derrière eux leurs bagages. Je les imitai, peu rassuré, et suivis le mouvement qui m'entraîna jusqu'au dehors. Il faisait nuit, les panaches de fumée de la locomotive grimpaient jusqu'au ciel, semblant vouloir se fondre avec les nuages. Il n'y avait pas d'étoiles, le temps ne s'y prêtait pas. Un vent froid s'était levé, se faufilant avec un sadisme rare jusque dans mon cou. Le brouhaha qui nous avait laissé tranquilles durant le trajet venait de reprendre ses droits sur le groupe. Impossible de distinguer quoi que ce soit, les mots se perdaient, se mélangeaient, rien n'avait de sens... Pourtant, une voix grave et forte surpassa tous les bruits des environs, appelant les première années (je supposai à raison que c'était nous) et faisant s'envoler quelques oiseaux idiots. Les plus âgés des élèves s'enfoncèrent sur un chemin un peu plus loin où semblaient les attendre des calèches. Les chevaux n'étaient pas encore attachés, c'était étrange. Ils risquaient de rester là longtemps, les pauvres ! Je n'eus pas le temps de m'intéresser davantage à mes aînés que le petite groupe des nouveaux se pressait sur les bords du lac. Des petites barques flottaient, semblant voler sur l'étendue calme. Des barques. Pour rejoindre l'école... Sur l'autre rive se dressait un véritable château comme on en voyait dans les films. Immense, impressionnant. Inquiétant, peut-être aussi... Je me souviens avoir pensé qu'il ne pouvait qu'être hanté, celui-ci. Malgré tout, j'étais incapable d'en détacher les yeux. Toutes les fenêtres allumées remplaçaient les étoiles voilées par les nuages. Sa simple présence paraissait évincer tout le reste. C'était comme s'il n'y avait rien d'autre au monde que ce château.

Chacun prit place dans une embarcation, je me retrouvai avec une rouquine qui gémissait qu'elle ne savait pas nager, un binoclard et un petit gros qui n'avait rien trouvé d'autre pour passer le temps que de faire tanguer le bateau. La fille n'arrêtait pas de brailler pendant que les autres ricanaient comme des abrutis. Je pris sa main dans la mienne et lui adressai un sourire rassurant avant qu'elle ne me broie les os jusqu'au dernier. Au moins, elle se taisait, c'était toujours ça. Plus les mètres s'effaçaient, plus j'avais l'impression d'être minuscule, insignifiant face au monstre de pierres qui m'attendait de pieds fermes et, plus encore que ça avait été le cas au départ du train, je ne pouvais m'empêcher de craindre la suite. Et si je n'étais pas à la hauteur ? Et si tout ce que j'avais laissé à Lucan, cette vie que je n'aimais pas par principe, était finalement mieux que ce que j'allais trouver ici ? La voix de mon père qui me racontait ses histoires lorsque j'étais gamin résonna à mes oreilles, assassinant sans mal les balbutiements maladroits de la fille à côté de moi. Il était venu ici. Il avait vécu ici. Je n'en étais pas certain mais j'avais envie d'y croire. Mon père, peut-être, avait été un sorcier comme celui de beaucoup d'autres enfants sur ce lac. J'essayais de me rassurer comme je pouvais mais l'inconnu qui s'étendait à perte de vue ne me rendait pas la tâche facile. « Eh ! On arrive ! On arrive ! » s'excita le petit gros alors que les premiers élèves retrouvaient enfin la terre ferme. Je sentis la fillette se détendre légèrement, la pression qu'elle exerçait sur ma main s'allégea. Elle devait voir la fin de son calvaire arriver alors que le mien ne faisait que commencer. Malgré tout, j'avais hâte. Quoi qui puisse m'attendre derrière les portes de ce château, je voulais le voir. Je voulais savoir. Quelques secondes plus tard, mes camarades descendaient de notre embarcation et je les imitai sans un mot, la main de la rouquine toujours agrippée à la mienne. « Merci. » Sa voix n'avait été qu'un souffle rendu incertain par la peur qu'elle venait d'avoir mais son regard clair brillait d'une gratitude qui me toucha sans que je ne puisse dire vraiment pourquoi. « Aucun problème. » Elle me lâcha enfin et s'éloigna pour rejoindre une de ses amies, toujours débarquée. Elle se retourna et m'adressa un signe discret que je lui rendis de la même manière puis elle disparut de mon champ de vision, me laissant seul au milieu des autres première année qui s'engageait dans les entrailles de la construction moyen-âgeuse.

Les pas des gamins que nous étions résonnaient à n'en plus finir, répercutés sans fin par l'interminable boyau de pierre que nous traversions. Les conversations s'étaient calmées d'elles-mêmes et j'imaginai sans mal que tout le monde réalisait, avec plus ou moins de craintes, que notre vie était sur le point de changer. La mienne plus que bien d'autre, probablement. Après tout, tout était nouveau pour moi. Je n'avais pas grandi aux côtés de parents rivalisant pour agiter avec grâce leur baguette magique ni dans l'espoir que je mette enfin les pieds ici un jour. Bien au contraire... Ma mère paraissait avoir du mal à se remettre de la nouvelle et personne n'avait reparlé du sort que j'avais été capable de lancer dans la boutique du « chemin de travers ». Pas même moi. J'avais été trop sous le choc pour envisager de m'en vanter auprès de Jackson et Shawna. Mon estomac s'était noué, la douleur me rappelait mon inquiétude. J'aurais aimé que Mick ou les deux filles dont je n'avais pas la moindre idée du prénom soient avec moi. Je ne les connaissais pas mais je m'en fichais pas mal, ils étaient toujours davantage que tous ces mômes. Petit à petit, notre avancée ralentit. Les premiers semblaient s'être arrêtés. J'en eus le cœur net seulement en pénétrant dans ce qui semblait être un hall immense. Des tableaux immondes comme on en voyait dans les musées étaient accrochés un peu partout tandis qu'un escalier gigantesque s'élevait jusqu'à devenir invisible. Si le château paraissait géant vu de l'autre rive du lac, là, j'avais l'impression de n'être qu'une fourmi au milieu d'un univers humain. J'allais me perdre. Je me perdrai forcément. Le brouhaha reprit péniblement, les voix enfantines de mes camarades s'épuisant dans les étages. Tout le monde y allait de son petit commentaire, et moi, j'avais seulement envie de tout abandonner pour partir à l'aventure. Je n'étais pas d'un courage à toute épreuve déjà à l'époque mais la curiosité bouillonnait dans mes veines. Un monde étrange s'offrait à moi et je voulais le découvrir. Plus je posais mes yeux fatigués par le voyage et l'angoisse qui avait été mienne, moins ce qui m'entourait me semblait inconnu. Comme si les réminiscences de mon enfance et des histoires racontées par mon père suffisaient à lever le voile sur la magie dans laquelle je venais de plonger. Si je ne connaissais rien, j'avais vaguement conscience de tout.

Une femme, plutôt âgée, sortit de nulle part et vint se poster devant nous. Elle n'eut pas à réclamer le silence que celui-ci arrivait jusqu'à elle. Si sa voix portait, je ne parvins pas à comprendre véritablement ce qu'elle disait. Elle fit référence, comme les élèves du train, à Serpentard, sans m'éclairer davantage. Il s'agissait d'une maison, qui serait comme une deuxième famille. Si seulement elle savait le chaos qui régnait dans la première... D'accord, peut-être que j'abusais un peu et que tout n'était pas aussi terrible que je voulais me le représenter. Pas assez terrible en tout cas pour ne pas me faire regretter d'être parti. En avais-je vraiment le droit ? Peut-être que je marchais à présent sur les traces de mon père, je ne pouvais pas rêver de retrouver une vie banale au possible qu'il n'avait sûrement jamais vécu alors que la sienne venait à ma rencontre ! La sorcière termina son discours et les portes en bois qui nous faisaient face et que je n'avais pas remarquées jusque là finirent par s'ouvrir sur une pièce interminable. Doucement, je pénétrai à l'intérieur à la suite des autres élèves. Quatre tables s'alignaient, s'étirant sur toute la longueur de la salle. Les adolescents qui étaient installés autour de chacune d'elle portaient une seule et même couleur. Je reconnus le rouge et le jaune de Mick et ses amies. Des vagues bleues et vertes achevaient le surprenant tableau. Face à nous, une autre table s'étendait dans la largeur, à laquelle étaient assis une poignée d'adultes que j'identifiai sans trop de mal comme étant mes futurs professeurs. Certains étaient intimidants, d'autres m'inspiraient confiance. Seules leurs tenues semblaient les ancrer dans un univers qui dénotait du mien. La femme qui était venue nous chercher me força à détourner mon attention. Elle se tenait au milieu de la petite estrade, devant un tabouret sur lequel était posé un vieux chapeau rapiécé. Entendre le couvre-chef s'exprimer ne me perturba pas autant que j'aurais pu le croire : je m'y attendais. Sans avoir jamais franchi les portes de l'école, j'avais été baigné par son histoire et, bien qu'il m'ait fallu cinq interminables années pour que cela me revienne, je retrouvais des marques que je n'avais pas conscience d'avoir.  Le chapeau se tut et la vieille femme déroula un long parchemin, appelant un à un mes camarades. Chaque appelé montait les quelques marches, s'asseyait sur le tabouret branlant et se laissait coiffer du vêtement parlant avant que celui-ci ne hurle un nom déclenchant une salve d'applaudissements à l'une des tables. Sur quoi je suivais le gamin des yeux jusqu'à ce qu'il ait rejoint l'une des vagues colorées. J'étais en train d'observer le binoclard de ma barque s'installer à la table bleue (celle de « Serdaigle » d'après les cris du chapeau) lorsque mon destin me rattrapa. « O'Callaghan Rioghbhardan Axl ! » Je ne pus m'empêcher de grimacer à l'entente de ce nom immonde et à rallonge mais ne me fis pas attendre malgré tout et rejoignis le tabouret. Le tissus me tomba devant les yeux, masquant peu à peu les visages tournés vers moi. Il ne fallut qu'un instant pour que le nom de ma nouvelle famille résonne et que les applaudissements de ses membres emplissent la Grande Salle...

QUESTION DU CHOIXPEAU
Une personne pas douée tombe dans le lac noir, malheureusement, tu es le seul témoin de la scène, que fais-tu ? – Je fais ce que je peux pour la sauver, évidemment. Pas forcément de gaieté de cœur et si quelqu'un peut le faire à ma place, je dis pas non, mais bon, je n'ai pas envie de vivre avec une mort sur la conscience...





Je me souviens de toi près de moi, tu m'embrassais pour la première fois, j'ai cette image gravée dans la tête. Je me souviens des premiers rendez-vous comme de la plus belle image de nous.
Rioghbhardan O'Callaghan


Dernière édition par Rioghbhardan O'Callaghan le Jeu 20 Juil - 11:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 15:56

Re-bienvenue Wink.

Longue histoire, dis donc...
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 15:57

Je t'aime déjà toi. Slurp

Par contre, heureusement que tu t'autovalides, j'ai mis 150 ans à lire ta fiche et je suis sûre que ça fait chier tout le monde à l'avance. Ange
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 16:04

Je ne compte pas la lire, je l'annonce direct Very Happy

Rebienvenue sweetie I love you Slurp Câlin




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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 16:05

C'est nul, RECOMMENCE *fouette*

Ange Slurp :slevin:
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 16:45

Faudra me payer pour touuut lire Suspect xD

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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 18:27

Re - Bienvenuuuuuuuuue Ange
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Lun 20 Juin - 21:28

Reeeee-bienvenuuuuuue !!!!!!! Contente que tu gardes Dylan :isis:. Et... oui, moi aussi j'ai eu la flemme de tout lire :siobhan:, alors j'ai hâte de voir la suite Very Happy !
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Mar 21 Juin - 9:37

Il faut pas les écouter les vilains, moi je vais tout lire !
J'en ai déjà lu une bonne partie d'ailleurs. Rusé
Enfin, re-bienvenue. ♥️
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Mar 21 Juin - 15:58

Gniiiii !! Ce roman ! :isis:
Tu m'as fais ma journée ptite dévergondée ! Ceux qui n'ont pas lu jusqu'au bout ne savent pas :bailee:

Magnifique cette fiche en tout cas !
J'ai Bave

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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Mar 21 Juin - 19:28

Comment vous êtes découragés pour trois pauvres lignes quoi ! :miley: xD Mais merci quand même pour le re-accueil ! :isis:

January, Sloane & Lily ; Câlin I love you Slurp I love you Câlin - Contente que ça t'ait plu, Lily. Rougi



Je me souviens de toi près de moi, tu m'embrassais pour la première fois, j'ai cette image gravée dans la tête. Je me souviens des premiers rendez-vous comme de la plus belle image de nous.
Rioghbhardan O'Callaghan
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Mar 21 Juin - 20:50

Moi j'ai tout lu ! :bailee: et j'ai adoré :bailee:
Vous ratez plein de choses intéressantes les gens :bailee: tant pis pour vous ! :bailee:

Je veux mon lien ! Aaaaaaaaah
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Mar 21 Juin - 21:13

On doit l'appeler Dan ou Rio Ange Ange XD ? Nan sérieux, je n'ai pas tout lu, je n'ai même rien lu du tout, mais je suis une warrior, alors je vais le faire Cool !!!!

ReBienvenue !!! Ange Very Happy
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Jeu 23 Juin - 23:30

Tu auras ton lien, Danni. Aaaaaaaaah xD J'essayerai de noter des trucs dans le carnet magique, histoire qu'on puisse avoir une base. u_u xD

Chloé, tu peux l'appeler comme tu veux. Mais Dieu, ça lui semblerait encore mieux. sifflote xD
Merci en tout cas ! :isis:



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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Sam 25 Juin - 12:46

Re bienvenue !

*Question* Tu comptes faire des predef de la famille ou pas

*s'auto flagèle a pas le temps pour ses rp mais a craquer sur un des membres de la famille*
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Mer 29 Juin - 11:19

J'ai tout luuuuuu !!! cheers cheers en plusieurs fois, j'avoue !! Very Happy
Et comment dire... j'ADORE!!!! Cool
L'histoire de l'araignée, c'te traumatisme !! Shocked lol
Comme Arthur, j'ai adoré un membre de la famille en particulier! :isis: Et c'est Shawna !!! Me demande pas trop pourquoi, j'peux pas m'expliquer, c'est sûrement la façon dont tu la décris Very Happy

Ange
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Mer 29 Juin - 11:36

Bravo ma Chloé :isis: t'as vu comment elle est bien cette fiche hein ? :isis:
Gravement trop longue, mais vachement bien :isis:

Moi aussi j'ai adoré Shawna et la relation qu'elle a avec lui :isis: et Dan le sait What a Face
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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Jeu 30 Juin - 17:20

Arthur; Alors non, j'ai pas prévu de faire de prédef pour la famille puisqu'ils sont tous (enfin, les plus vieux en tout cas) moldus. Y'aurait pas grand intérêt pour le perso', du coup, puisqu'ils restent en Irlande et que lui n'y va quasi pas à cause de l'école. Rolling Eyes Mais ça me fait plaisir en tout cas. Rougi

Quoi qu'il en soit, j'suis vraiment contente que ça vous ait plus. J'suis toute émotionnée. Rougi Merci, merci, merci. Coeur



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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   Jeu 30 Juin - 18:39



Tu peux rejoindre la table de...

POUFSOUFFLE !

Poufsouffle

Tout d'abord, bienvenue parmi nous. J'espère que tu t'amuseras en notre compagnie et que tu prendras plaisir à RP avec nous. Maintenant que tu es réparti(e), il ne faut pas te reposer sur tes lauriers. Ta vie NYLienne commence à peine et pour la faire démarrer sur de bonnes bases, il te reste encore pas mal de petites choses à faire. Ne t'inquiètes pas, je vais tout te montrer...

Commence par créer ta fiche de liens, ta fiche de RPs, ainsi que boîte aux lettres qui te permettra aussi de gagner des points RPs en écrivant des lettres de plus de 300 mots et ta boite à hiboux express pour les messages plus courts. Peut-être que tu n'en trouveras pas tout de suite l'utilité, mais ça ne saurait tarder... Alors mieux vaut l'avoir fait tout de suite. Et puis, si jamais tu cherches quelqu'un d'important pour le développement de ton personnage, n'hésite pas à créer un poste vacant.

Aussi, je te conseille d'aller lire comment marche le système de points, si ce n'est pas déjà fait. Ce serait bête de ne pas savoir comment rapporter des points à ta maison. D'ailleurs, tu peux jeter un coup d'oeil aux sabliers pour voir où en est la course à la Coupe. Et comme les votes, c'est le bien, Top-Siter rapporte des points !

N'empêche que le meilleur moyen d'obtenir des points reste d'aller en cours. Et oui, nous sommes dans une école et nos chers professeurs vont se faire une joie de t'apprendre tout ce qu'ils savent. Quand tu te seras bien installé(e) dans ton dortoir, attrape tes bouquins et rends toi vite en classe ! Nos professeurs sont encore peu nombreux sur le forum, mais pour faire vivre cours, il y des exposés à faire au cours de ton année, pour plus d'informations, rends-toi ici. La liste des sortilèges par année est disponible .

Il n'y a pas que les points des sabliers qui sont importants ici. Il y a aussi les points défis ! Tu peux aller lire ce sujet pour savoir exactement ce que c'est que les points défis, celui-ci pour comprendre comment ça marche et comment en proposer. Bien sûr, tu peux également savoir combien tu as de points en allant voir la fiche ! Le nombre de point s'initialise automatiquement à 0/0 mais dès que vous avez un point, vous pouvez voir l'évolution de ceux-ci à 1/2000...

Heureusement, il n'y a pas que les cours dans la vie ! Tu vas pouvoir t'entraîner à être une fouine en écoutant les rumeurs qui se baladent dans les couloirs, attraper ton balai pour devenir le plus grand joueur de Quidditch de l'histoire de Poudlard... Enfin, pour être sûr(e) de ne rien louper des activités qui te seront proposées, garde un oeil sur le panneau d'affichage, et sur la Gazette du Sorcier pour être informé(e) de tout ce qui peut bien se passer dans le monde magique.

Le HRP (hors-RP) te donnera également de quoi t'occuper grâce à une partie Flood bien remplie. Tu pourras également faire plaisir aux autres membres en leur offrant des cadeaux. N'oublie pas, à l'occasion, de passer sur la ChatBox, avec un peu de chance, tu tomberas en plein jeu... S'il y a quelque chose que tu ne comprends pas, nous répondrons à toutes tes questions.

Sur ce, je te souhaite beaucoup de plaisir dans cette nouvelle vie qui commence, et plein de merveilleux RPs !

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MessageSujet: Re: RIOGHBHARDAN ▬ I'm not your boy toy.   

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